
Du requin pèlerin, nous ne savons pas grand-chose. Il est considéré comme le deuxième plus grand animal marin. Ce n'est pas une baleine, ni vraiment un requin. Il en a pourtant l'allure. Certains spécimens peuvent atteindre 12 mètres de long pour un poids d'environ cinq tonnes. Il est de couleur gris-brun, nage en zig-zag, en slalomant, avec un aileron d'un mètre de haut et de longues fentes branchiales de chaque côté de sa gueule, caractéristiques des requins, mais lui ne se nourrit que de planctons microscopiques.
Jadis, ce monstre inoffensif était pourchassé pour son foie. Un foie gigantesque de 700 kg transformé en huile… notamment sur les côtes bretonnes.
Aujourd'hui, il est encore la victime de collisions accidentelles avec des bateaux et nous ne savons pas grand-chose du requin pèlerin si ce n'est qu'il inscrit sur la liste Rouge des animaux "en danger d'extinction" selon Union Mondiale pour la Nature.
Alors, Pourquoi fréquente-il la mer d'Iroise seulement au printemps et en été ? Où disparait-il en hiver ? Quel est son cycle de reproduction ? Autant de questions que se posent les biologistes de la mission « Sur les traces du requin pèlerin » organisée par l'Association pour l'étude et la conservation des sélaciens, une association basée à Brest, en partenariat avec les chercheurs colombiens de la Fondation Malpelo, l'Agence des aires marines protégées et la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme.
Afin de mieux connaître l'espèce pour la protéger, cette équipe internationale a entrepris une campagne de marquage des requins pèlerins au large de la pointe Finistère dans le Parc marin de la mer d'Iroise.
Il aura fallu pas moins de 150 heures de recherches, la mobilisation de plusieurs bateaux, de plaisanciers et de pêcheurs pour donner l'alerte… dès qu'un aileron faisait surface…. pour finalement parvenir à repérer, le 5 juin dernier, deux petites femelles de 3 et 6 mètres. Sur lesquelles, a été fixée, sur le dos, une petite balise satellite qui pèse moins de 100g…. Pas vraiment de quoi gêner l'animal. Cette balise a été programmée pour enregistrer différents paramètres : la température de l'eau, la profondeur et l'intensité lumineuse. De quoi permettre aux scientifiques de reconstituer le déplacement du poisson.
Dans 7 mois, la balise se décrochera toute seule. C'est seulement une fois à la surface qu'elle transmettra toutes ses informations via un satellite. A l'heure actuelle, seulement une cinquantaine d'individus ont fait l'objet d'un tel balisage dans le monde explique l'agence des aires marines protégées.
L'équipe de chercheurs a aussi mené un programme de photo-identification des requins pèlerin. Avec des clichés des nageoires dorsales qui permettent d'identifier chaque individu. Ces clichés rejoindront le catalogue qui est actuellement réalisé au niveau européen. Les chercheurs ont aussi effectué un prélèvement de plancton microscopique pour en évaluer la qualité, à l'heure où ce dernier, qui constitue la seule nourriture du requin pèlerin, semble subir les méfaits de la pollution et du réchauffement climatique.
Association pour l’étude et la conservation des sélaciens
Fondation Malpelo
Fondation Nicolas Hulot
Agence des aires marines protégées
Matthieu d\'Hauthuille, pour la Rédaction.