
Les abeilles, qui jouent un rôle fondamental dans le Monde vivant, sont des insectes organisés en société, dont chacun a, selon son âge, une tâche précise à accomplir pour la communauté. Ainsi, au cours de leur vie, les abeilles vont faire la toilette de leurs sœurs, élever les larves, ventiler la ruche et stocker le nectar, construire des rayons, participer à la défense de la colonie, et enfin, butiner les fleurs, parcourant jusqu'à 25 kms par jour en allers-retours. Malgré l'abnégation qui leur faut pour mener à bien leur travail, les abeilles peuvent produire jusqu'à 40 kg de miel par ruche.
Mais la vie d'une ruche n'est pas un long fleuve tranquille. Récemment identifié en France, le frelon asiatique
Vespa Velutina nigrithorax, friand d'abeilles, les attaque lorsqu'elles se posent sur le bord de la ruche, les décapite avec ses puissantes mandibules avant de les manger. Sa carapace extrêmement épaisse le protège des piqûres de ses victimes.
Sa progression sur le territoire français depuis l'Aquitaine où il s'est implanté vient s'ajouter aux soucis que les apiculteurs rencontrent depuis plus de dix ans dans le cadre de leur activité.
Mais l'espoir se trouve peut-être dans les récentes découvertes faites par des chercheurs. En effet, une première étude avait permis de mettre en évidence une étonnante stratégie de défense chez les abeilles asiatiques, appelé
thermo-balling. Lors d'une agression, plusieurs dizaines d'abeilles gardiennes entourent le prédateur et forment une boule dont l'objectif est de faire monter la température au dessus du supportable pour le frelon. Une technique qui n'est possible que si les abeilles elles-mêmes peuvent supporter les 50°C atteints, ce qui n'est pas toujours le cas.
Gérard Arnold et Agnès Rortais, du laboratoire
Évolution, génomes, spéciation (LEGS) du
CNRS à Gif-sur-Yvette, en collaboration avec des chercheurs grecs, ont démontré que les abeilles chypriotes avaient élaboré une autre stratégie, en apparence assez proche, mais tenant compte du fait qu'elles ne pouvaient survivre à la température qui tuait leur prédateur.
Ils ont pu constater que lors d'attaques de frelons,
de 150 à 300 abeilles se jettent sur l'envahisseur pour bloquer sa respiration en empêchant ses mouvements respiratoires abdominaux et en recouvrant les orifices d'entrée et de sorties d'air. Pris au piège, le frelon est purement et simplement
asphyxié par les courageuses gardiennes de la ruche.
Une méthode d'étouffement, qui est probablement très rare dans le règne animal.
Ces découvertes mettent en évidence la capacité de ces sociétés d'insectes de s'adapter à leur environnement. Elles permettent d'espérer voir nos abeilles nationales développer des stratégies de défense efficaces contre ce nouveau prédateur, arrivé en France accidentellement fin 2004.
Cela évitera en tout cas de devoir les envoyer en stage, chez leurs cousines asiatiques ou chypriotes. Photos : Ruche : © Marie-Laure MIRMAN.
Vespa Velutina : http://www.tspes.tpc.edu.tw
Source : Des abeilles étouffeuses de frelons (CNRS)
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.