
Il y a quelques temps, deux hommes ont été condamnés à 6 000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour avoir, en 2007, capturé des hérissons avec l'intention de les manger. Ces deux hommes étaient issus de la communauté des gens du voyage pour qui cet animal peut parfois s'apparenter à un plat traditionnel. Cela peut en choquer certains, mais il serait tout de même très malvenu de jeter le haro sur les moeurs culinaires de certains des membres d'une communauté.
Il convient avant tout de rappeler que les us et coutumes alimentaires varient énormément d'un pays à l'autre, voire d'une région à l'autre. Ainsi, en bons frenchies que nous sommes, nous aimons à nous délecter de grenouilles et d'escargots, ce qui fait frémir la plupart de nos voisins d'outre Manche. En Asie, les gens aiment à se délecter d'insectes frits, ce qui peut provoquer des hauts le coeur chez la majorité des occidentaux qui trouvent cela aberrant. De plus, le hérisson n'est pas forcément plus ou moins mignon que le petit lapin, l'agneau ou le veau qui finissent souvent dans nos assiettes.
Le problème, c'est que ce petit animal est totalement protégé sur le territoire français depuis 1976 et qu'il n'a pas besoin de passer à la casserole pour avoir bien des problèmes. Il vous suffit d'avoir un peu circulé en voiture pour savoir que nos véhicules font des ravages dans les populations de ce mammifère dont les corps jonchent les bas côtés de nos routes. L'association du Sanctuaire des hérissons estime ainsi que 24% des décès de ces mignonnes boules de piquants sont dûs à nos voitures. Le chiffre monte à 26% avec les ravages causés par les pesticides et notamment ceux qui sont utilisés pour lutter contre les limaces. Les noyades dans les piscines, les débroussailleuses ou les feux de tas de feuilles, dans lesquels ils se réfugient, font également de gros dégâts. Si l'on ajoute à cela les parasites comme les tiques ou autres puces, le manque de nourriture ou les prédateurs naturels que peuvent être les renards, fouines et blaireaux, survivre quand on est un hérisson relève du parcours du combattant ou de la loterie.

C'est donc tout à fait logiquement que cet animal est protégé et que d'éventuels tueurs risquent jusqu'à 9 000 euros d'amende et six mois de prison. Une sanction qui peut paraître lourde mais qu'il faut en mettre en parallèle avec les bienfaits qu'apportent les hérissons. La plupart des jardiniers savent à quel point ils sont utiles de par leur appétit pour les insectes. Ils se régalent ainsi de nombreuses espèces nuisibles et leur régime omnivore peut même les amener à tuer et manger des serpents. Ils sont donc de parfaits protecteurs de votre potager et jouent un rôle important dans l'équilibre de la biodiversité.
Sachant cela, nombreuses sont les personnes qui n'hésitent pas à laisser un peu à manger à ces sympathiques voisins. A ce propos il convient d'éviter les laitages, ceux-ci pouvant provoquer des troubles digestifs. De la pâté pour chien ou pour chat peut en revanche faire l'affaire, tout comme quelques légumes ou fruits, mais il convient d'avoir la main légère. Gaver un hérisson serait une grave erreur car s'il n'a plus d'appétit il ne prendra plus la peine de dévorer les nuisibles qui attaquent vos récoltes. Dans l'ensemble, il vaut donc mieux laisser vivre ces petits mammifères en paix et, surtout, ne pas vouloir les transférer dans son assiette, au risque d'avoir une note plus que salée.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.