
Le phénomène d'effondrement de colonies d'abeilles serait du à l'action conjointe d'un virus et d'un champignon, selon une étude publiée le 6 octobre dernier par
des chercheurs américains de l'Université du Montana, dirigés par Jerry BROMENSHENK.
Ces résultats, présentées par certains médias comme la fin d'un feuilleton qui tourmentent depuis des années apiculteurs et écologistes, laissent perplexes les tenants d'une synergie plus large, incluant le rôle néfaste des pesticides, en particulier les néonicotinoïdes, mais aussi de la pollution électromagnétique, des pratiques apicoles et de l'appauvrissement de la diversité florale qui est la base de la nourriture de ces insectes.
Depuis plusieurs années, aux Etats-Unis puis en Europe, les ruchers sont victimes de ce que l'on a appelé le
syndrome d'effondrement des colonies, avec une répercussion de plus en plus sensibles sur les agricultures maraîchère et fruitière qui dépendent de la pollinisation de ces insectes. Selon l'INRA, la production de
84% des espèces cultivées en Europe dépend directement des insectes pollinisateurs, qui sont à plus de
90% des abeilles domestiques et sauvages.
Les services rendus à la pollinisation par les abeilles sont estimés à environ
15 milliards de dollars par an aux Etats-Unis.
Ces quelques chiffres montrent combien les enjeux de la lutte en faveur de l'abeille dépassent la production de miel, l'agriculture étant en première ligne. Et pourtant, les usages agricoles modernes ne vont ni dans le sens du respect de l'environnement ni dans celui de la diversité biologique.
Les défenseurs d'une agriculture productiviste ont du accueillir avec soulagement cette étude.
Mais des questions se posent quant à son indépendance. Son auteur ne peut cacher ses liens passés avec la multinationale des pesticides
Bayer CropScience, dont une partie du chiffre d'affaire est généré par les neurotoxiques insecticides que d'autres études ont montrés du doigt.
On peut en effet se demander pourquoi des travaux qui incriminent une synergie entre un virus et un champignon n'intègre pas la possibilité d'autres coactions. Car malgré cette étude, ce qui émerge aujourd'hui est l'idée que de nombreux facteurs interagissent entre eux
en potentialisant leurs effets ou
en fragilisant les organismes qui deviennent sensibles à des agents qui, jusqu'alors, n'avaient pas d'incidence catastrophique sur les populations d'abeilles.
Des facteurs qui, pris séparément, ne révèlent pas ou peu d'actions mesurables sur les abeilles, ce qui permet aux industriels de continuer à vendre leurs produits à des agriculteurs pourtant concernés par l'hécatombe dans les ruchers.
Varoa, virus, champignons, loques et autres parasites, monocultures, perte de diversité génétique des ruchers, pratiques apicoles discutables, et encore OGM, pesticides, pollution électromagnétique, frelon asiatique, ce sont
près de 40 facteurs contribuant potentiellement à la surmortalité des abeilles qui ont été recensés par l'
AFSSA, dans un rapport intitulé
« Mortalités, effondrements et affaiblissements des colonies d'abeille » présenté en 2009.
Alors, même si
Albert EINSTEIN n'a jamais dit :
« si les abeilles venaient à disparaître, l'humanité n'aurait plus que 4 années devant elle »,
le rôle de cet insecte butineur dans la pollinisation est suffisamment majeur pour qu'apiculteurs et agriculteurs se retrouvent enfin pour élaborer des solutions à une crise qui concerne à la fois ces deux acteurs économiques, mais aussi l'ensemble de leurs concitoyens. Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.