Imaginez un insecte ne mesurant pas plus d'une dizaine de centimètres, capable d'effectuer un voyage de près de 4 000 kilomètres. Une telle odyssée semble bien improbable, mais cet exploit insensé ne fait pourtant pas peur au papillon monarque, preuve que la nature réserve des surprises de taille à ceux qui l'observent. Des observateurs, qui ont du faire preuve de patience et d'obstination pour découvrir quel était le but ultime de la migration des monarques. |
Les scientifiques avaient bien constaté que ces insectes peuplant l'Amérique du Nord effectuaient une grande migration vers le Sud d'août à octobre, avant de réapparaître au printemps. Une question essentielle demeurait néanmoins. Où partaient donc ces millions de papillons aux magnifiques couleurs orangées ? C'est finalement le canadien Fred Urquhart qui a percé le mystère. Il lui a fallu près de quinze ans pour mettre au point une bague adaptée aux ailes des papillons et vingt années supplémentaires auront été nécessaires pour suivre à la trace les insectes ainsi marqués. Des observations minutieuses qui permirent de découvrir en 1972 que les monarques se rendaient au Mexique. Le problème, c'est qu'ils ne colonisent pas l'ensemble du Mexique et il fallait découvrir des lieux bien précis. Deux bénévoles découvrirent finalement le pot aux roses trois ans plus tard et la surprise était de taille. Les papillons monarques ont en effet l'incroyable particularité de se réunir tous dans des espaces forestiers très restreints. Chaque automne, quelques rares forêts d'altitude du centre du Mexique accueillent ainsi entre 50 et 100 millions de monarques, ce qui offre un spectacle prodigieux. Les papillons sont si nombreux, que les branches sur lesquelles ils se posent ploient sous leur poids et peuvent même se briser. Incroyable quand on sait qu'ils ne pèsent guère plus d'un demi gramme chacun. Mais le plus fascinant est bien le gigantesque vol nuptial auquel se livrent ces millions de lépidoptères. Tous ceux ayant eu la chance d'assister à ce ballet aérien en ont eu le souffle coupé. Le monarque a ainsi acquis ses lettres de noblesse et un statut privilégié au Mexique où il bénéficie de programmes spécifiques de conservation, basés notamment sur l'écotourisme. |

Une protection qui n'est pas de trop, le monarque étant fragile. L'agriculture industrielle et l'emploi de pesticides font peser un grave danger sur ses ailes élégantes. Il est également très sensible aux variations de climat. Ainsi, en 2002, une vague de froid a tué des millions de papillons, détruisant près de 80% de certaines colonies. S'il fascine les amoureux de la nature, le monarque ne manque pas non plus d'intérêt pour les scientifiques. Ceux-ci aimeraient en effet comprendre comment un si petit animal peut effectuer une telle migration, sur plusieurs milliers de kilomètres, et trouver son aire de reproduction à coup sûr, alors qu'il est souvent né autre part et n'a jamais effectué ce trajet. Il semblerait que le papillon se guide grâce au soleil, mais le mystère n'est pas encore complètement éclairci, pas plus que celui qui concerne son incroyable longévité. Il vit en effet près de neuf mois, contre quelques jours à quelques semaines pour un papillon normal. Le fait qu'il se nourrisse d'une plante toxique, l'asclépiade, qui lui permet de devenir à son tour vénéneux et d'échapper ainsi à de nombreux prédateurs, a peut-être un rapport avec son espérance de vie, mais rien n'est encore prouvé.
vincent, pour la Rédaction. |