
Au fur et à mesure que les années passent, de plus en plus de scientifiques et d'associations de protection de la nature tirent la sonnette d'alarme sur l'état des stocks de poissons. L'avancée des technologies et une demande sans cesse croissante mettent en danger de nombreuses espèces qui pourraient tout simplement disparaître dans un avenir plus ou moins proche. Cela aurait évidemment des conséquences dramatiques sur l'ensemble de l'écosystème marin et nul ne sait véritablement quelle serait l'ampleur de la catastrophe.
Durant longtemps, c'est le sort de la baleine qui a focalisé l'attention des protecteurs de la nature. Menacés de disparition, ces grands cétacés ont finalement pu être sauvés, grâce à une prise de conscience à l'échelle planétaire et des pressions exercées sur les pays qui continuaient à les chasser. Les baleines sont très loin d'être aussi nombreuses qu'avant le début du massacre industrialisé, mais la situation semble stabilisée ce qui est toujours mieux que rien.
Aujourd'hui, c'est un poisson qui défraye régulièrement la chronique, en l'occurrence le thon rouge de l'Atlantique. Se reproduisant en méditerranée, cet animal paye un très lourd tribut à l'appétit des humains pour sa chair savoureuse. Les Japonais sont notamment de grands consommateurs de ce met, qui est à la base de nombreuses recettes telles que les sushis et sashimis, plats qui sont de plus en plus consommés dans les pays occidentaux. Pour répondre à la demande, des flottes entières de navires spécialisés ont vu le jour et ceux-ci ne laissent aucune chance à leurs proies.
Des quotas de pêche ont bien été mis en place au niveau international, mais il semble acquis que ceux-ci ne sont pas assez stricts et surtout qu'ils ne sont pas respectés. En 2007, alors que le quota alloué était de 29 500 tonnes, ce sont en fait près de 60 000 tonnes de thons rouge qui auraient été pêchés en Méditerranée. Actuellement réunie à Marrakech, la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique (Iccat) estime que ces quotas devraient être réduits à 15 000 tonnes par an. Par ailleurs, l'UICN, Union Internationale pour la Conservation de la Nature, et le WWF souhaitent pour leur part une interdiction totale de la pêche durant quelques années, le temps que les stocks de poissons puissent se reconstituer.

Dans cette optique, le Congrès mondial pour la conservation de la nature qui s'est tenu récemment à Barcelone a accouché d'une bonne surprise, l'Espagne et le Japon rejoignant une majorité de pays pour proposer l'arrêt provisoire de la pêche au thon rouge en Méditerranée. Une position d'autant plus surprenante qu'elle vient d'un des principaux exportateurs de ce poisson et du principal imporateur. La balle est donc désormais dans le camp de l'Iccat qui doit faire face à la pression de certains gouvernements et de l'Association Européenne des Thoniers Méditerranéens (AETM) qui souhaitent maintenir en l'état les quotas actuels.
On peut évidemment comprendre la position des pêcheurs qui pourraient se retrouver au chômage et voir leurs navires désarmés. Leur inquiétude est légitime, mais l'avenir de leur profession passe par une compréhension de l'écosystème marin. S'ils continuent à pêcher au rythme actuel ils finiront par épuiser totalement la ressource et se retrouver de fait sans travail. Espérons donc que le bon sens et une vision à long terme l'emporteront face aux intérêts économiques, ce qui est loin d'être gagné.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.