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Phytosanitaires : les molécules se suivent et se ressemblent.

SCIENCES ET NATURE
Chronique du 27-02-2008

Par Olivier FRIGOUT
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LA CHRONIQUE
Le monde de l'apiculture est en émoi depuis que la décision d'autoriser la commercialisation d'un nouveau phytosanitaire, le Cruiser, a été prise par le ministère de l'agriculture. Ces dernières années semblaient pourtant marquer le pas de l'utilisation de ces substances neurotoxiques, et la décision de réduire de moitié l'usage des insecticides et autres pesticides en 10 ans était pour le moins symbolique. Et le terme de symbolique est peut-être plus approprié que l'on pourrait le croire, car si l'on se penche sur les listes des produits autorisés en France, on est assez surpris.

Prenons le cas du Gaucho. La victoire des apiculteurs il y a bientôt 4 ans avec le retrait de ce neurotoxique de l'arsenal agricole a trouvé un écho médiatique sans précédent. Mais l'Imidaclopride, le principe actif de cet insecticide a-t-il pour autant disparu ? Bien évidemment non ! On le retrouve dans de nombreuses autres formulations, utilisées sur la betterave, le blé, l'orge, mais plus surprenant encore en usage aérien sur de nombreux fruitiers comme l'abricotier, le pêcher, le pommier ou encore le prunier. Retrait d'un produit ne veut pas dire interdiction de la molécule. Ce qui est restreint, c'est la façon de s'en servir.

Et lorsqu'un marché est inoccupé, ce qui était le cas du traitement du maïs et du tournesol, les firmes phytosanitaires ne tardent pas à l'investir. La réponse est venue de chez Syngenta qui propose dorénavant aux agriculteurs une nouvelle molécule, le thiamethoxam, sous le nom générique de Cruiser. Et les autorités de valider sa commercialisation, cette molécule ne présentant à priori aucun risque pour les abeilles en particulier.
Le tiamethoxam est un neurotoxique, comme l'était le Gaucho, un neurotoxique agoniste de l'Acétylcholine, exactement comme le Gaucho. D'un point de vue neurologique, il est difficile de faire la différence, et la réaction des apiculteurs est compréhensible.
Le Cruiser autorisé, il ne reste plus qu'à attendre pour voir si ce que l'on peut craindre se produit, à savoir un nouvel effondrement des ruches. L'Italie, où le Cruiser est déjà utilisé par les agriculteurs, semble en faire déjà les frais. Mais en France, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments a récemment exonéré le Regent et le Gaucho et mis en cause certains parasites.

Alors faut-il incriminer les pesticides ? Selon, Joe Cummins, professeur à l'université d'Ontario, c'est une combinaison de plusieurs facteurs qui serait responsable de l'hécatombe. Même en enrobage, le neurotoxique atteint les abeilles, affaiblit leur système immunitaire et les expose ainsi aux différents parasites incriminés par l'AFSAA. Et comble d'ironie, il pourrait s'agir d'agents pathogènes fongiques pulvérisés en complément sur les cultures.

Rien n'est simple dans le monde vivant, surtout si l'Homme complique l'équation. Un retour à une agriculture plus raisonnable et respectant les cycles naturels reste la meilleure option, 80% des espèces végétales ne pouvant être pollinisés sans l'aide des abeilles.
Photo : © Olivier FRIGOUT, tous droits réservés.

Sources :

La mort des abeilles met la planète en danger.
Liste des phytosanitaires autorisés/interdits en France

                Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.



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fougeroux andré a écrit le 02-03-2008 : Bonjour j'ai lu votre rubrique avec attention. je ne partage pas votre analyse du risque abeille Vous laissez croire que tout produit neurotoxique est responsable de la disparition d'abeille mais vous oubliez que les abeilles(au même titre que les plantes) ont leurs parasites comme le Varroa et que pour les soigner on utilise aussi des neurotoxiques appliqués dans la ruche (amitraze,fluvalinate) . Les pyrethres préconisées en agriculture bio sont aussi des neurotoxiques Les amalgames et analogies sont trompeuses . Ces produits sont tous des insecticides ils doivent être employés de manière raisonnable aussi bien en agri bio, qu'en agriculture conventionnelle qu'en apiculture

Olivier a écrit le 30-03-2008 : Bonjour André. Il est vrai que de nombreux facteurs interviennent dans l'évolution des effectifs d'abeilles. Mon objectif était double, montrer qu'il est possible de mettre sur le marché des molécules dont le mode d'action est le même qu'une molécule dont l'utilisation a été interdite, ce qui interroge sur les critères dont le ministère usent pour accorder une autorisation de mise sur le marché, et d'autre part, montrer, au travers des propos du Pr Joe Cummins, que le risque est plus souvent lier à une interaction de facteurs dont l'action isolée n'est pas toujours probante. Merci en tout cas pour votre participation.


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