
Présentés comme la pire calamité d'un coté et comme la solution au problème de famines de l'autre, les OGMs restent au coeur de l'actualité. Cette technologie, confisquée par les multinationales de l'agroalimentaire, est déjà bien présente autour de nous, même si la France n'autorise pas leur culture. Démarche hypocrite ou limite du pouvoir politique face aux règles du commerce international ? Quoi qu'il en soit, notre agriculture ne peut accéder à ce que l'on trouve aujourd'hui dans les produits alimentaires industriels. Pour le meilleur ou pour le pire ?
Le problème majeur que posent les OGMs est que
le principal pourvoyeur de semences génétiquement modifiées est aujourd'hui un géant des phytosanitaires. Une semence qui favorise la vente de son principal herbicide est du pain béni pour le semencier. Dès lors, on peut craindre que les recherches soient menées en parallèle, aboutissant à une semence OGM associée à son produit phytosanitaire.
Les OGMs sont une technologie suffisamment sérieuse pour qu'elle ne soit pas laissée entre les mains des industriels.
Dissémination des semences, apparition de résistances, appauvrissement de la biodiversité agricole, leur impact sur la nature et sur notre avenir alimentaire est trop fort pour que nous laissions, quasiment sans contrôle, ces produits investir hectare après hectare les surfaces exploitées sur la planète.
Indiscutablement, la technologie OGM peut répondre,
ponctuellement, aux problèmes alimentaires.
Mais elle ne doit pas se substituer systématiquement à toutes les pratiques, sous prétexte d'augmenter le profit.
Car au delà de la résistance au "Roundup", d'autres stratégies existent. Lutter contre la carence en certaines vitamines, exploiter des sols pauvres en eau ou trop riches en sels, lutter contre les insectes ravageurs autrement qu'avec des substances neurotoxiques... le champ de développement est large.
Mais il aurait du rester entre les mains d'une recherche publique sous l'autorité d'une organisation mondiale indépendante. Utilisées là où l'agriculture conventionnelle est en échec, les semences OGM auraient apportées une contribution positive, au lieu de devenir la bête noire des écologistes. Mais il faut rappeler que
ce sont ces mêmes écologistes qui ont mis fin aux travaux sur les OGMs de la recherche publique avec la destruction, par exemple, des serres du CIRAD, à Montpellier, le Centre International pour la Recherche Agronomique et le Développement gelant alors tous ses programmes OGM et
abandonnant la course aux brevets, il y a 10 ans déjà. Devenus incontrôlables, les OGMs sont aujourd'hui une menace pour l'humanité, alors qu'ils auraient pu répondre,
pour partie, aux deux défis majeurs qui nous attendent :
aider à nourrir près de 10 milliards d'habitants en 2050 tout en revenant à une agriculture durable et respectueuse de l'environnement. Emblème de la recherche de profits, au même titre que la spéculation sur les matières premières alimentaires, les OGMs seront le plus bel échec du progrès scientifique, un progrès qui pourtant avait tout d'une réussite. Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.