L'association a donc remis à quelques familles volontaires des seaux de 5l, comme par exemple à cette famille parisienne de 5 personnes, Delphine, Pierre, et leurs 3 enfants de 2, 4 et 5 ans. La maman, infirmière puéricultrice, était déjà sensibilisée au problème, notamment après une expérience dans un hôpital du Togo. Mais, avoue-t-elle, entre les bonnes intentions et le quotidien, on oublie très vite, en ouvrant le robinet, qu'à l'autre bout de la terre, ce geste n'est pas anodin. Alors Delphine a voulu profiter de cette action pour faire comprendre à ces enfants que l'eau est une ressource précieuse. C'est après une coupure d'eau de trois jours, l'hiver dernier, que la famille a pris conscience de sa dépendance. Pour tenir le week-end, elle a alors acheté des bouteilles d'eau en quantité, sans que cela suffise d'ailleurs. Elle a été à la piscine pour se doucher, elle a cherché des fontaines publiques dans Paris, sans succès, et elle a dû faire appel aux pompiers en dernier recours. Après cette galère, toute la famille s'est donc organisée pour réussir le pari lancé par ACF. Elle a commencé par utiliser des petits verres afin de puiser l'eau dans les seaux. Après la lessive du jour, Delphine a gardé l'eau de rinçage pour la réutiliser pour la vaisselle du soir. Il a fallu également modifier les habitudes alimentaires en préparant des plats rissolés ne consommant quasiment pas d'eau. Les douches, elles, ont été bannies : elles consomme en moyenne 50l d'eau… La famille s'est donc résolue à ne faire qu'une courte toilette de chat, ce qui n'a pas été sans mal pour les adultes. Pierre, le mari, s'est dit lui un peu traumatisé de devoir partir au travail sans être douché. Les enfants, eux, étaient beaucoup moins gênés de ne pas se laver. Vivre au quotidien avec une eau rationnée, c'est aussi utiliser le moins possible la chasse d'eau aux toilettes. Un inconfort supplémentaire qui n'est rien en comparaison des millions de personnes de part le monde qui n'ont pas accès aux latrines. |

Pour cette famille parisienne, l'expérience n'a durée que 24 h. C'est peu, mais suffisant, explique Delphine, pour se rendre compte qu'il est impossible de vivre décemment au quotidien avec si peu d'eau. Cela sensibilise au problème de pénurie que peuvent vivre certaines populations, mais c'est tout de même très loin de la réalité d'une famille éthiopienne, pour qui ce combat est quotidien et qui doit en plus faire des kilomètres à pied pour aller chercher une infime quantité d'eau. La douche ou le bain, la vaisselle, les lessives, la boisson, la chasse d'eau… Toutes ces actions anodines qui font partie de notre quotidien d'européen, consomment en moyenne 150 litres d'eau par jour et par personne. Un américain en consomme lui 600 litres quotidiennement. Dans les pays en développement, ce ne sont que 20 litres dont dispose chaque personne. Alors que l'on estime à 50 litres par jour et par personne la quantité minimale acceptable, tout usages confondus. L'absence d'eau et de moyens d'évacuation provoque 25 000 décès par jour, dont la moitié sont des enfants. Et près d'un milliard et demi de personnes n'ont pas accès à l'eau potable aujourd'hui. Alors ces expériences « extrêmes », ne solutionnent pas le tragique des situations les plus en danger, mais ce soir, comme cette famille parisienne, peut-être ne prendrons nous pas notre douche avec la même insouciance. D'autant que même si nous en France, nous n'avons, en apparence, aucun soucis d'approvisionnement, nous ne sommes pourtant pas à l'abris de quelques rationnements. Nous en reparlerons.
LE SITE D'ACTION CONTRE LA FAIM philippe, pour la Rédaction. |