L'impact des activités humaines est désormais prouvé et l'Union Européenne s'est engagée dans la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Pour relever ces défis, des changements s'imposent. Il presse en effet d'engager des actions concrètes pour répondre à nos besoins actuels sans compromettre les générations à venir. Parmi les différentes solutions, la valorisation non alimentaire de la biomasse gagne en crédibilité. La profession agricole sera l'une des premières concernée par la mise en œuvre d'un juste équilibre entre environnement, économie et social. C'est pourquoi la valorisation de la biomasse est sur toutes les lèvres, quels que soient les acteurs et les filières. Rappelons ce qu'est la biomasse ? On la définit par la « fraction biodégradable des produits, déchets et résidus provenant de l'agriculture (substance animales et végétales), de la sylviculture et des industries connexes ainsi que la fraction biodégradable des déchets industriels et municipaux ». Il existe trois grandes valorisations de cette dernière : les bio-énergies , qui regroupent les carburants de 1ère génération (utilisation partielle du végétal : huile, sucre) et 2nde générations (utilisation du végétal dans son intégralité), l'électricité et la chaleur les bio-matériaux , qui ont comme enjeu majeur de remplacer les plastiques actuels par des bioplastiques 100% biodégradables, par association de fibres végétales aux polymères, (ex : plastique à base d'amidon), ou proposer de nouvelles solutions pour le bâtiment (parpaing en chanvre, revêtement des rues…), ou encore développer de nouvelles fibres textiles. |
les bio-molécules , qui permettent le remplacement des produits issus de la chimie de synthèse par des molécules respectueuses de l'environnement (tensio-actifs « verts », lubrifiants, solvants…) Ce thème doit aussi être appréhendé sous un aspect économique. On se rend compte que l'enjeu et la stratégie d'approche des différents marchés de la biomasse sont très différents. Les biocarburants sont synonymes d'industrie lourde, tandis que la « chimie verte » concerne plus la notion de propriété industrielle, c'est par conséquent un marché de niche très spécialisé. Les biomatériaux sont aussi sur des marchés de niches, sauf à imposer des contraintes réglementaires. Pour que la production de biocarburants, sans aide (fiscales, réglementaires, quotas d'émission…), soit plus rentable en Europe et ne devienne pas un non-sens économique, plusieurs solutions devront donc être envisagées : - Faire évoluer les processus pour pouvoir valoriser la plante entière et améliorer le rendement - Baisser les coûts d'exploitation: taille d'exploitation importante… Par ailleurs, il faut garder à l'esprit que la production de biocarburants va entraîner une production importante de co-produits : drêches (blé, maïs), tourteaux (colza)... Or, ces derniers ne sont pas tous valorisables en alimentation animale. Une seconde transformation sera donc nécessaire. Mais cela sous-entend des efforts de recherche importants (problème non encore résolu de la transformation de la lignine et des sucres en C5). La volonté politique est affirmée. Lors d'un colloque au Sénat sur la biomasse, Dominique Bussereau, ministre de l'agriculture et de la pêche, a mis l'accent sur le fait que sa valorisation par le secteur industriel constituait un véritable « défi d'avenir », aux enjeux diversifiés : économique, environnemental, aménagement territorial et socioculturel (image plus « valorisante » de l'agriculture). Il a réaffirmé la volonté du Gouvernement sur ce dossier, susceptible de créer plus de 150 000 emplois nouveaux dont un grand nombre en milieu rural. Ainsi, un certain nombre de plans ont été lancés par le Gouvernement : · Plan de production d'électricité : depuis 2000, dans le cadre de la politique énergétique française, la PPI (Programmation Pluriannuelle des Investissements) fixe des objectifs de développement des moyens de production d'électricité, en termes de répartition des capacités de production par source d'énergie primaire et de techniques de production. · Plan climat : en vigueur depuis 2004, c'est le plan d'action du Gouvernement pour être à la hauteur du défi majeur que constitue le changement climatique. Il regroupe des mesures dans tous les secteurs de l'économie et de la vie quotidienne des Français. Il vise à économiser 54 millions de tonnes d'équivalent CO2 par an à l'horizon 2010. · Plan biocarburant : en vigueur depuis 2005, ce plan, avec les prochains appels d'offres, aboutira à la construction de 16 unités de transformation pour un montant de plus de 2 milliards d'euros d'investissement. · Plan biocombustible : il s'agit d'un plan national concernant les biocombustibles qui devrait être annoncé d'ici à la fin 2006. L'objectif du gouvernement est ici de doubler la contribution de la biomasse pour la production d'énergie et de chaleur d'ici 2010 (elle est de 4 % actuellement). · Plan biomatériaux : un plan biomatériaux est en cours d'élaboration et devrait être lancé avant la fin de l'année 2006. · Plan de production de chaleur : ce plan est en cours de préparation pour l'horizon 2010-2015. Le rôle des coopératives La valorisation de la biomasse représente un enjeu majeur et stratégique pour notre agriculture et aussi donc pour l'ensemble des entreprises coopératives agricoles, toutes filières confondues. Un des enjeux majeurs réside dans la pérennité et dans l'organisation des sources d'approvisionnement de ces nouvelles filières. Les coopératives agricoles ont donc un rôle essentiel à jouer pour organiser ces projets qui ne peuvent être que collectifs afin de capter les marchés émergents de la biomasse. Selon certaines positions (défendues par l'ADEME et l'INRA), la valorisation « industrielle » croissante de la biomasse pourrait amener une concurrence vive sur les terres arables disponibles entre débouchés alimentaires et non alimentaires. Toutefois, les représentants des filières agricoles réfutent ce discours. Ils estiment en effet que la surface agricole et forestière n'est pas pleinement exploitée et s'engagent donc à assurer l'approvisionnement pour ces deux filières. Le secteur du non-alimentaire représente des marchés à conquérir et offre des perspectives inédites aux agriculteurs. Tous ces produits issus de la biomasse sont promis à un bel avenir à condition que l'ensemble des acteurs s'y investisse sur le long terme. Il est essentiel que les agriculteurs s'engagent fortement dans cette filière pour qu'une partie de la valeur ajoutée de ces produits puisse leur revenir. Mobilisées dans différentes filières Les coopératives sont impliquées dans plusieurs projets de production de bioénergies. Ainsi Cristanol, filiale du sucrier Cristal Union et de nombreuses coopératives céréalières de Champagne, Lorraine, Bourgogne, Rhônes Alpes, prévoit la mise en service d'une usine de bio-éthanol à Bazancourt (Marne) en octobre 2007, pour une capacité de production de 280 000 tonnes. |

La technologie employée devrait permettre d'utiliser sur le même site les matières premières issues de betteraves ou de céréales en provenance d'un territoire de 1,5 million d'hectares. Des groupes coopératifs du Sud-Ouest de la France, (Euralis, Maïsadour, Vivadour, Lur Berri, Terres du Sud) se sont associés à l'espagnol Abengoa Bioenergy, second producteur mondial de bioéthanol, afin de développer un site de production à Lacq (Pyrénées-Atlantiques). L'unité produira 180 000 t de bioéthanol uniquement à partir de maïs. Elle en utilisera plus de 400 000 t par an, en provenance des collecteurs d'Aquitaine et de Midi-Pyrénées. Tereos, groupe agro-industriel coopératif qui transforme les betteraves, la canne et les céréales en sucres et en alcools, se lance notamment avec Agralys, Epis Centre, Unéal… et d'autres coopératives, dans la course aux biocarburants, en prenant la décision de construire sur le site de Lillebonne (Seine-Maritime), une nouvelle unité de production de bio-éthanol de blé dont la capacité de transformation est de 840 000 t de blé, soit l'équivalent de 100 000 ha. Par ailleurs, au niveau de la production de biodiesel, les coopératives regroupées dans Fidicoop sont fournisseurs de colza et de tournesol pour Diester Industrie À Engenville (Loiret), l'usine de déshydratation de pulpe de betterave veut renoncer à ses fours à pétrole. En effet, la coopérative Sidesup a décidé d'investir dans un four à biomasse alimenté par les résidus de l'exploitation de la forêt et des cultures destinées à être brûlées. M.Jamet, président de la coopérative, espère ainsi « baisser la facture énergétique d'au moins un tiers, et créer de nouveaux débouchés agricoles ». Au niveau des biomatériaux, de nombreuses entreprises coopératives se sont impliquées : La Chanvrière de l'Aube,l'un des principaux transformateurs de chanvre en France, travaille depuis de longues années à développer de nouveaux débouchés. La coopérative a donc créé, en collaboration avec Interval, la société AFT Plasturgie en janvier 2001. Cette filiale s'est lancée dans le développement du bioplastique, qui entre dans la composition de véhicules automobiles. Elle s'est attelée par ailleurs au marché du bâtiment et de l'isolation avec notamment son béton de chanvre, qui a reçu le 1er prix de l'innovation au Salon Bâtimat. De son côté, Limagrain, 1er semencier européen, développe Biolice®, une gamme de matériaux biodégradables à base de céréales dont les principales applications sont les films de paillage, les sacs déchets verts ou encore des particules de calage. Par ailleurs, Vivadour a mis au point, avec Vegeplast, un matériau composite biodégradable obtenu par transformation de la plante entière de maïs. Ce matériau présente toute les propriétés d'un « plastique » pour la production de pièces thermoformées par injection (tee de golf, réceptacle de feu d'artifice…). En Midi-Pyrénées, la filière « chimie verte » s'active. Lobial, en partenariat avec les coopératives agricoles (Coopérative de la plaine de l'Ariège - Toulousaine de Céréales) et des CRITT (centre régional d'innovation et de transfert de technologie), développe et commercialise, une gamme de produits d'entretien et de confort, à base de tensioactifs d'origine végétale. Contrairement aux produits à base de substances chimiques, ces produits ne polluent pas et ne présentent aucun risque pour leurs utilisateurs. Dans cette optique, la société a convaincu Monoprix pour lequel elle fabrique une ligne de produits ménagers « écologique ». De nouveaux débouchés agricoles Le groupe Soliance, filiale à 96 % de ARD (Centre de recherche privé des coopératives céréalières et sucrières de Champagne Ardenne) poursuit sa croissance sur le marché des ingrédients cosmétiques. Soliance dispose en effet d'un ensemble de techniques d'extraction et de purification qui lui permette de développer et d'industrialiser dans le respect de l'environnement, des extraits végétaux ou des molécules purifiées destinées à l'industrie cosmétique, diététique et chimique. Il est évident que le « tout biomasse » ne remplacera pas le « tout pétrole » du jour au lendemain, mais les projets foisonnent, la recherche avance et les politiques s'engagent. La biomasse constitue une réponse à la question de l'indépendance énergétique qui se pose en effet de plus en plus au regard de nos importations pétrolières toujours plus considérables. Mais elle serait aussi la réponse à un enjeu de taille : réduire les émissions de gaz à effets de serre dans un contexte de réchauffement climatique… La création de biomasse pourrait donc également être valorisée dans le futur sur le marché d'échange des quotas de CO2. L'agriculture retrouve donc la plénitude de ses missions : nourrir les hommes, d'abord, mais aussi les transporter, les chauffer… sans oublier tous les services qu'elle rend à la société : entretien du territoire, sauvegarde d'espèces animales et végétales. Enfin, la valorisation non alimentaire de la biomasse pourrait être une réponse stratégique pour maîtriser la croissance, et éviter ainsi à la France la gestion future d'une décroissance. Benoit Recchia benoit, pour la Rédaction. |