
Depuis très longtemps et surtout bien trop longtemps, intérêts économiques et protection de l'environnement ne font pas bon ménage. Déforestation, pollution, pillage des ressources naturelles et massacre des animaux, ont mis à mal ce que notre planète avait mis des millions d'années à bâtir. Pourtant, on peut protéger l'environnement de manière efficace et ne pas nuire à l'économie. Mieux encore, cela peut se révéler enrichissant financièrement.
C'est en tout cas le constat qui a été dressé il ya quelques jours, à l'occasion du Congrès mondial des aires marines protégées qui s'est tenu à Washington. L'UICN, Union Internationale pour la Conservation de la Nature, a en effet profité de cette grande réunion pour démontrer, chiffres à l'appui, que la protection des océans par la mise en place d'aires marines protégées permet d'assurer des revenus plus élevés et plus durables que leur exploitation continue et parfois forcenée. Un résultat que l'on doit avant tout à l'essor du tourisme dans ces zones et à une pratique de la pêche réglementée et encadrée.
Les exemples donnés lors de ce congrès sont particulièrement frappants. Une aire marine protégée a été mise en place à Hawaï en 1999. Seulement huit ans plus tard, dans les zones proches de cette réserve naturelle, la pêche totale et celle des deux espèces principales était plus importante que lors des quarantes années précédentes. Plus proche de nous, à Lundy, une île britannique, une petite aire protégée de 4 km2 a été créée en 2003. Dans cet espace, la pêche est totalement interdite et il n'a pas fallut très longtemps pour que les pêcheurs évoluant à proximité en tirent des bénéfices, les homards (photo ci-contre) étant nettement plus abondants et bien plus gros. De plus, le tourisme a doublé durant la même période et amené ainsi une manne financière supplémentaire.

Les exemples de ce type sont nombreux et démontrent parfaitement l'intérêt de ces sanctuaires de la vie sauvage, où les poissons et les crustacés peuvent se reproduire et prospérer. Outre la protection de milieux sensibles, ces aires marines protégées permettent de réguler les différents usages de la mer et, surtout, d'accroître la productivité des lieux de pêche. A l'heure où l'on parle fréquemment de la surpêche conduisant à un apauvrissement des stocks, voire à la disparition programmée de certaines espèces comme le thon rouge (photo ci-dessus), ces conclusions sont très intéressantes et pourraient changer notre façon d'utiliser les ressources océaniques.
L'optimisme pourrait donc être de rigueur, mais il faut bien dire que les efforts entrepris vont devoir être largement supérieurs dans les années à venir. A l'échelle de la planète, les aires marines protégées représentent moins de 1% de la surface des océans. Un chiffre dérisoire et largement insuffisant, à comparer aux 12% des terres qui sont aujourd'hui protégées. Heureusement, dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique, les Etats ont accepté d'accroître leur effort de protection des mers. Concrètement, l'objectif est d'arriver à faire en sorte que 10% des océans soient protégés et ce dès 2010. Cela semble désormais indispensable pour sauver ce qui peut encore l'être et permettre à la nature de se régénérer, malgré une activité humaine encore trop souvent destructrice.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.