A 114 dollars 83 le baril, cotation alors que j'écris cette chronique, le prix du pétrole est vraisemblablement loin d'avoir atteint ses limites. Avec des répercutions sur le coût des transports, et certainement sur nos comportements vis-à-vis de cette énergie très émettrice de gaz à effet de serre, cette flambée pourrait être considérée comme positive pour l'environnement - et négative pour nos portefeuilles, mais elle est en réalité problématique car depuis que le baril a dépassé les 40 dollars, il est devenu très lucratif pour les sociétés pétrolières d'exploiter les sables bitumineux. |
Mélange de pétrole brut, de sable, d'argile minérale et d'eau, ces sables sont présents sous forme de gisements importants dans la province d'Alberta, au Canada, et leur extraction est particulièrement néfaste à l'environnement. Première victime, la forêt boréale. L'extraction se faisant à ciel ouvert, ce sont des centaines de km2 qui sont rasés pour accéder au sol et donc à la ressource. Contrairement à ce qu'affirme les compagnies pétrolières, la forêt ne repousse pas après l'abandon d'un site, car le sol perd, avec l'extraction, ses caractéristiques biologiques. Avec la forêt, ce sont toutes les espèces qui en dépendent qui disparaissent, à l'image du Caribou des bois. La disparition de la forêt a aussi une incidence directe sur les gaz à effet de serre, car elle ne participe plus à la fixation du gaz carbonique par photosynthèse. Autre incidence, indirecte quant à elle, la destruction des forêts conduit à la disparition des tourbières, provoquant la libération de méthane et de CO2. Au bout du compte, l'extraction de l'équivalent d'un baril de pétrole à partir de sable bitumineux génère plus de 80 kg de gaz à effet de serre, soit trois fois plus que l'extraction classique du pétrole. De plus, cette exploitation génère des gaz nocifs comme l'anhydride sulfureux, responsable des pluies acides, polluant les lacs et agressant les forêts encore indemnes. |
Et le bilan écologique ne s'arrête pas là. L'extraction du bitume brut requiert une grande quantité d'eau douce, pompée dans les rivières. Il faut de 2 à 5 barils d'eau pour produire un baril de pétrole. L'assèchement des cours d'eau et des nappes phréatiques n'est pas la seule conséquence. Les eaux usées, chargées en méthane, xylène, benzène, mercure, arsenic et autres substances toxiques, s'accumulent dans la chaîne alimentaire, rendant l'eau non potable et les poissons non comestibles. Malgré ces effets néfastes pour l'environnement, les sociétés pétrolières produisent aujourd'hui plus d'un million de barils de pétrole par jour dans la seule province d'Alberta, et cette production ne cesse de s'accroître. Les réserves de sables bitumineux en Alberta sont étalées sur 138 000 kilomètres carrés de territoire qui comprennent 4,3 millions d'hectares de forêt boréale. Une forêt que l'on sacrifie à l'or noir, et qui pourtant, est inestimable. Photographie : © GREENPEACE olivier, pour la Rédaction. |