Le bisphénol A est une molécule chimique qui fut étudiée dans les années 30 comme œstrogène de synthèse. D'autres molécules plus intéressantes ayant été découvertes à la même époque, le bisphénol A trouva une carrière de rechange, comme additif dans le plastique de type polycarbonate. Ce sont ainsi plus de 3 milliards de tonnes qui sont utilisés aujourd'hui dans l'industrie, dont une partie pour la fabrication de biberons. |
Depuis plusieurs mois s'est engagé une bataille médiatique opposants des industriels, des experts scientifiques et des associations de défenses de l'environnement, une bataille dont l'écho ne se propage pour l'instant que sur Internet, mais qui devrait intéresser rapidement les grands médias. Car, au même titre que d'autres molécules interférant avec le système hormonal, comme certains pesticides, il reste difficile d'évaluer son seuil d'innocuité et le réel impact de son absorption par l'homme, en particulier un nourrisson. Présent en faible dose dans le sang de la quasi-totalité de la population américaine, le bisphénol A est considéré par de nombreuses études comme pouvant augmenter le risque de cancer de la prostate ou du sein, causer des anomalies lors de la reproduction, réduire la qualité du sperme, ou encore être à l'origine de fausses-couches à répétition, d'obésité, et de troubles du comportement. D'autres études montrent chez le rongeur des changements de la structure du cerveau lors d'exposition au bisphénol A in utero. Ces risques étant globalement admis, la bataille se joue sur le terrain de la dose admissible. Et d'un pays à l'autre, les normes et les décisions sont plus ou moins avancées. Alors que les Etats-Unis sont en train d'évaluer l'objectivité du débat public qui a eu lieu, le Canada propose d'interdire la commercialisation de biberons contenant du bisphénol A. Le Japon a quasi-renoncé à ce type de biberons, se tournant vers d'autres solutions industrielles. En Europe, les normes sur la migration de cette molécule dans l'alimentation ont été revues à la baisse en 2007, divisant par 5 la dose admissible. La norme française est encore plus drastique imposant une limite de sensibilité 20 fois plus basse. |

Alors, qu'en est-il du risque ? La migration de cette molécule depuis le polycarbonate vers la nourriture varie selon les conditions d'utilisation. Lavage, chauffage aux micro-ondes, usure du polycarbonate participent à augmenter de façon significative la quantité de bisphénol A libéré. C'est donc à l'usage que les risques sont susceptibles de se révéler. Alors que les autorités tergiversent sur la question et que les industriels tentent de rassurer le public, le principe de précaution tarde à être appliqué, et ceci malgré la réglementation REACH qui a été approuvé par le parlement Européen en 2006. C'est donc chez le consommateur que ce principe peut être mis en place. A condition qu'il soit averti des risques encourus, et informé qu'il existe des alternatives. En effet, certains fabricants se sont tournés vers des solutions industrielles excluant cette molécule, proposant des biberons en verre ou encore en polypropylène. Des solutions qui ont le mérite de tenir compte des incertitudes qui entourent la présence dans les biberons d'une molécule mimant l'effet d'une hormone. Photographie : © Olivier FRIGOUT - Tous droits réservés. olivier, pour la Rédaction. |