Le changement climatique, c'est pour la fin du siècle, pensons-nous de façon commune, en faisant le plein de gasoil à la station du coin. Rien n'est moins sûr, les effets du changement climatique sont déjà là, et des changements brutaux peuvent intervenir d'une année sur l'autre, comme l'ont montré des études récentes. Le laboratoire des sciences du climat et de l'environnement [1] a publié le 19 juin dans deux revues scientifiques un article mettant en évidence de brusques changements climatiques liés à de radicales modifications de la circulation atmosphérique. |
Ici, le terme brusque n'est pas galvaudé. En effet, ces changements se sont produits quasiment d'une année sur l'autre, comme si l'on avait appuyé sur un interrupteur. Même si ces travaux réalisés sur des carottes extraites des glaces du Groenland concernent le passé et des phénomènes naturels, rien n'indique que ce qu'il s'est produit il y a environ 10.000 ans ne peut pas avoir lieu une nouvelle fois. Les premiers signes du changement sont apparus loin du Groenland, dans les déserts d'Asie, sources des poussières que l'on retrouve dans les couches de glaces, signe d'un refroidissement du climat. Puis « l'excès en deutérium de la glace bascule d'un niveau glaciaire à un niveau interglaciaire quasiment d'une année à l'autre, ce qui témoigne d'une réorganisation extrêmement rapide de la circulation atmosphérique tropicale puis polaire », selon Valérie Masson-Delmotte, directeur de recherches au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement. Ces travaux inédits vont permettre de tester et d'améliorer les modèles climatiques utilisés pour prévoir l'évolution future du climat. Une évolution dont les signes avant-coureurs sont déjà perceptibles, selon un autre article publié dans la revue Nature du 15 mai dernier, et cosigné par des scientifiques dont la quasi-totalité appartenaient au groupe de travail « impacts, adaptation et vulnérabilité » du GIEC en 2007. 80 publications répertoriées, quelque 29 500 séries observées, couvrant la période de 1970 à 2004, localisées géographiquement et mises en relation avec les évolutions climatiques mesurées pendant cette même période, ont été introduites dans une base de données. Les résultats sont particulièrement significatifs. |

En effet, plus de 90% des 29 500 séries observées vont dans le sens attendu des effets du réchauffement : précocité des stades de débourrement de la végétation, avancée des dates de floraison des arbres fruitiers et de celles des vendanges, augmentation du taux de sucre et de l'acidité dans les baies de raisin, augmentation de la productivité des forêts estimée à partir de données satellitaires, diminution de la longueur des glaciers, variation de la composition chimique des océans, et enfin, variations des populations de poissons. Ces résultats conduisent les auteurs de cet article à conclure que le réchauffement climatique d'origine anthropique, c'est-à-dire lié à l'activité humaine, a d'ores et déjà produit des effets que l'on peut qualifier de « significativement observables », sur les systèmes terrestres, qu'ils soient physiques ou biologiques. Il nous faut donc apprendre à vivre avec cette réalité, et peut-être prendre conscience qu'il ne s'agit ni de science-fiction ni de long ou moyen terme. Le réchauffement climatique a déjà commencé, et il ne tient qu'à nous, en changeant par exemple nos modes de consommation, d'inventer un modèle économique plus en cohérence avec notre environnement. [1] Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (CEA – CNRS – Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) Sources : « Le climat a basculé de façon extrêmement brutale à la fin de la dernière période glaciaire » - CNRS PRESSE « Déjà des effets significatifs du réchauffement d'origine anthropique » - Bulletin-electronique.com olivier, pour la Rédaction. |