
Depuis 1999, le loup figurait très logiquement sur la liste des espèces de vertébrés protégées menacées d'extinction en France. De façon assez incroyable, cet animal a été retiré de la liste par un arrêté publié le 27 mai dernier, ce qui a provoqué incompréhension et colère au sein des protecteurs de la faune et des associations écologistes. Il faut dire que cette décision, prise en catimini, a de quoi surprendre car le loup est la seule espèce à avoir été retirée de cette liste où figure notamment l'ours, les chauve-souris, les loutres, les visons d'Europe et les esturgeons pour n'en citer que quelques unes.
Alors que l'on estime qu'il y aurait entre 150 et 180 loups répartis sur le territoire français, difficile de penser que ce chiffre est suffisant pour que cette espèce ne soit pas menacée d'extinction si elle n'est pas efficacement protégée. Cette décision revêt donc plus un caractère politique et ne s'appuie pas forcément sur des données scientifiques fiables. Reste désormais à savoir quelles vont être les conséquences de ce choix étrange et largement sujet à caution.
Concrètement, jusqu'à présent, la décision de déroger au principe de protection des loups, à savoir un abattage ciblé et sélectif dans une zone donnée, la capture d'un spécimen ou l'autorisation de modifier un habitat, par exemple en construisant une autoroute, était prise au niveau national. C'est le CNPN (Comité National de Protection de la Nature), qui était le seul à pouvoir intervenir et à donner son avis au ministère de l'écologie. Désormais, la gestion de ce grand carnivore ne dépendra plus de cet organisme national, mais sera déléguée aux préfets, soit à un niveau départemental.
La question est maintenant de savoir si le quota de loups pouvant être abattus afin de limiter la croissance des effectifs sera encore prise au niveau national ou si ce sont les préfets qui décideront eux-mêmes de la politique à mener sur leur territoire. Dans ce dernier cas de figure, de graves dérives sont possibles, les préfets pouvant tout à fait céder aux pressions des lobbys anti loups et fixer des quotas de tirs fantaisistes. Pire encore, ils ne seraient pas tenus d'agir en concertation avec les départements voisins et la préservation de l'espèce pourrait être largement menacée très rapidement.

Il est évident que la présence du loup sur notre territoire ne va pas sans poser de problèmes, notamment auprès des éleveurs qui doivent subir des attaques sur leurs troupeaux. Les autres opposants principaux à la présence de cet animal sont les chasseurs, mais là, en revanche, leurs raisons sont beaucoup plus sujettes à caution, car c'est bien le fait d'avoir un concurrent à même de chasser chevreuils et autres chamois qui leur pose problème.
Après avoir été totalement exterminés et avoir disparu de France, les loups ont fini par reconquérir une partie de leurs territoires perdus. A l'heure où la faune sauvage est menacée aux quatre coins de la planète, que de plus en plus d'espèces se retrouvent au bord de l'extinction, cet événement a de quoi redonner un peu d'optimisme à tous ceux qui oeuvrent pour protéger la nature. Malheureusement, tout cela se heurte parfois à des considérations bassements politiques et il ne reste plus qu'à souhaiter que les loups ne finissent par payer un lourd tribut à cela.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.