
Cette semaine, je vous entraîne sur les causses lozériens, à la découverte d'une plante très rare et protégée :
le Lys Martagon.
Cette liliacée, qui pousse de préférence en altitude sur des sols calcaires légers et irrigués, riches en humus, et que l'on rencontre dans les bois, les zones humides et les prairies, porte le nom vernaculaire de
Racine d'Or. Elle doit ce surnom populaire à l'oignon jaune or dont elle est issue, couleur qui inspira les alchimistes qui les auraient, selon la légende, utilisés pour transformer la matière en or. Dans les campagnes, des colliers d'oignons dorés étaient autrefois réalisés pour soulager les enfants qui faisaient leurs premières dents. Plus généralement, son bulbe jouait le rôle d'un porte-bonheur et était consommé en période de disette. Il possède des propriétés diurétiques, des effets émollients et résolutifs en usage externe.
© O. FRIGOUT
Joyau de la montagne et des pays froids, le Lys Martagon est toujours consommé par une peuplade d'Asie, les
Itelmes, qui laissent le soin aux souris locales de déterrer les bulbes et de les stocker dans des greniers souterrains. Les Itelmes prélèvent alors les deux tiers de la récolte « murine » qu'ils remplacent par des graines comestibles, une forme de symbiose étonnante basée sur un profond respect de la nature.
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Le Lys Martagon mesure de 60 centimètres à un mètre de haut, ses fleurs, à cinq tépales, sont inclinées vers le bas et sont de couleur rose orangé et piquetées de pourpre. Ces tâches sont héréditaires et sont formées de combinaisons de pigments insolubles.
Mais dans les zones riches en gibier, le Lis Martagon fleurit très rarement car le chevreuil broute volontiers les bourgeons des fleurs. Je m'estime chanceux d'en avoir ainsi rencontré sur des terres où les « chèvres », comme disent les chasseurs du coin, sont présentent en abondance.
Il paraît d'ailleurs que le Lys Martagon aurait été observé plus bas, aux environs de Florac, près du Tarn, à l'endroit même où il s'élance vers les gorges portant son nom.
Le Lys Martagon est une plante protégée, dont la cueillette est proscrite et réprimée. Plus de 12 000 espèces végétales ont été dénombrées en métropole et dans les départements et territoires d'outre-mer. Elles représentent une partie importante de la biodiversité mondiale. Parmi elles, 4 500 espèces indigènes ont été recensées, 943 sont menacées dont 486 classées prioritaires, 387 sont en danger ou vulnérables et 70 rares. Depuis 1850, 8 espèces endémiques à l'état sauvage ont disparu de France et de la planète dont le Brome des Ardennes, le Limonium de Duby, et la Violette de Cry. La France a perdu 17 plantes qui sont encore présentes dans d'autres pays. Au total, 25 espèces sont déjà éteintes ou présumées comme tel dans notre pays.
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Evolution de l'habitat, agriculture, cueillette, autant de causes humaines à la disparition d'espèces végétales qu'il conviendrait pourtant de préserver.
Aussi, n'oubliez pas, plus que jamais les fleurs sauvages ne doivent être ramassées, et particulièrement celles que l'on ne connaît pas. Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.