
Jusqu'alors, il était communément acquis que les forêts anciennes n'émettaient pas plus de gaz carbonique qu'elles n'en absorbaient. Ce bilan neutre vis-à-vis du réchauffement climatique, vient d'être remis en cause par une étude internationale, à laquelle a participé des chercheurs du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement.
Comme la vie animale,
la vie végétale respire, c'est-à-dire qu'elle utilise la matière organique pour se fournir en énergie, et émet du gaz carbonique. Mais, elle dispose d'un processus supplémentaire, la
photosynthèse, qui lui permet, à partir de la lumière du jour et du gaz carbonique, de fabriquer de la matière organique en rejetant de l'oxygène.
En étudiant ces deux phénomènes conjointement, on détermine si
le bilan carbone d'une forêt est positif, neutre ou négatif. Une forêt jeune, parce qu'elle connaît une forte croissance et peu de décomposition, absorbe plus de carbone qu'elle en rejette. On pensait depuis les années 60 et l'hypothèse du
chercheur américain Eugène ODUM, que les forêts anciennes, parce qu'elles connaissent une plus forte décomposition, avaient un bilan neutre, rejetant autant de carbone qu'elles n'en absorbent. Les résultats de cette étude publiés le 11 septembre dernier dans la revue Nature montrent qu'en fait,
ces forêts anciennes séquestrent entre 0,8 et 1,8 milliard de tonnes de carbone par an. Les 15% de surfaces forestières ignorées jusqu'alors seraient donc responsables de 10% de la séquestration totale du carbone. L'action de ces forêts est donc loin d'être négligeable, comme leur impact sur le changement climatique à l'occasion de perturbations accidentelles ou naturelles. Les premiers risques sont évidemment les incendies, les tempêtes, les maladies, qui peuvent décimer une forêt en peu de temps. Mais l'extrême sécheresse ou encore des températures en hausse perturbent également le cycle végétal, comme l'a montré le Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement dans des études antérieures [1].
Le réchauffement climatique d'origine anthropique, c'est-à-dire induit par l'activité humaine, provoque ainsi un déséquilibre du cycle végétal en faveur d'une réduction globale de la séquestration du carbone. Et ce déséquilibre concerne l'ensemble des surfaces forestières. Des forêts qui sont de plus en plus menacées par la déforestation, qu'elle soit à des fins agricoles, pétrolières ou minières, mais également par des phénomènes climatiques violents dont la multiplication dans les décennies à venir est à craindre, ou encore par des risques d'incendie que les situations de sécheresse augmentent.
La réponse à ces enjeux majeurs n'est pas seulement politique, elle est aussi économique. Nous pouvons, par nos choix, participer à une inflexion de la tendance à la déforestation.
Tenir compte de l'origine du bois utilisé pour le mobilier, de celle des produits alimentaires que nous consommons, réduire notre consommation de carburant en optant pour un véhicule moins puissant et en favorisant les transports en commun, sont entre autres des moyens de lutter contre la disparition de milliers d'hectares de forêt. Les bois exotiques, l'huile de palme et l'exploration pétrolière ravagent les forêts du monde, au profit de notre confort. Des forêts qui sont vitales à l'ensemble de la vie sur Terre.
Aussi, apprenons à respecter la forêt et pourquoi pas, plantons des arbres. Photo : Copyright Olivier FRIGOUT - Tout droit réservé
[1] Réchauffement climatique : les forêts rejettent plus de CO2 qu'elles n'en absorbent
Source : CNRS PRESSE
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.