
Alors que la campagne présidentielle touche à sa fin aux Etats-Unis, la protection de l'environnement n'est pas vraiment au coeur des débats. Les guerres d'Irak et d'Afghanistan sont des thèmes plus récurrents, mais c'est bien sûr la crise financière qui focalise toute l'attention et l'écologie passe au second plan. Cela ne surprend guère venant d'un pays dont le gouvernement refuse obstinément de ratifier les accords de Kyoto, mais il serait réducteur de stigmatiser les Etats-Unis à cause de cela. Cette nation est en effet bourrée de paradoxes et son rapport avec la nature et notamment à sa faune est assez étonnant.
Pendant longtemps, ce pays a fait preuve d'une capacité de destruction hors du commun, symbolisée par le massacre des bisons (photo ci-dessus). Alors qu'ils étaient entre 50 et 70 millions à peupler l'Amérique du Nord avant l'arrivée des Européens, ils ont été massacrés et ont quasiment disparu. Aujourd'hui, il ne reste que quelques centaines de milliers de ces animaux, dont à peine 20 000 vivant à l'état sauvage. De nombreuses autres espèces ont payé un lourd tribut, à commencer par les loups, les ours et les castors, mais depuis ces temps de massacres à grandes échelle, les Américains ont pris conscience de la nécessité de protéger leur environnement.
Ce sont ainsi les Etats-Unis qui ont créé les premiers parcs nationaux au monde, en 1872, et ils en comptent actuellement 57. Une loi fédérale sur la protection des espèces a certainement permis de sauvers plusieurs animaux menacés d'extinction, tels que l'emblématique pygargue à tête blanche (photo ci-dessous), le faucon pélerin, le mouflon d'Amérique ou le pélican brun. On pourrait se dire que tout ça est parfait, mais les exemples contraires sont nombreux. Le parc national des Everglades, qui abrite une biodiversité d'une richesse incroyable, subit de plein fouet l'urbanisation galopante du Sud de la Floride. La politique d'assèchement des marais est désastreuse et la liste des animaux menacés ne cesse de s'allonger.

Dès que le fric et les intérêts industriels pointent le bout de leur nez, la nature passe au second plan. On peut donc se demander comment se comportera le futur président des Etats-Unis par rapport à l'environnement. Sur ce point on ne peut que souhaiter la victoire du démocrate Barack Obama, dont le programme laisse supposer un vrai intérêt pour ces questions. Le soutien d'Al Gore, un programme ambitieux axé sur la réduction de la pollution, des émissions de CO2 et la promotion des énergies alternatives sont des signaux encourageants.
En revanche, côté républicain, l'avenir s'assombrit de jour en jour. Si John McCain avait un discours plutôt intéressant au début, il semble céder aux pressions de son parti et l'arrivée de Sarah Pallin à ses côtés est un sombre présage. Cette dernière, totalement inféodée au lobby pétrolier, multiplie les gestes inquiétants. Elle a longtemps milité pour que l'ours polaire ne soit pas inscrit sur la liste des espèces menacées. Elle milite également pour le forage de puits de pétrole dans les réserves naturelles de l'Alaska. Elle indique régulièrement que l'activité humaine n'est pas responsable du changement climatique, sans parler de son penchant créationniste remettant en cause la théorie de l'évolution de Darwin. Bref, après les années Bush, la nature pourrait vivre quelques années d'obscurantisme de plus en cas de victoire républicaine.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.