
Le baril de pétrole tutoie à nouveau les 100 dollars, avec les conséquences que l'on connaît sur le prix du gazoil et du super à la pompe et celui du gaz qui lui est indexé. Ce que l'on soupçonne moins, c'est que cela favorise l'exploitation d'autres sources de pétrole ou de gaz, comme
les schistes bitumineux ou encore le gaz de schiste (shales gas). Ce dernier en particulier pourrait bien faire son apparition dans le paysage français, le gouvernement ayant accordé le 1er mars dernier au pétrolier
Total une concession qui s'étend sur une surface de
4327 km2 allant du sud de Valence à la région de Montpellier pour une durée de 5 ans [1]. Ce permis va permettre à la multinationale de démontrer la présence de gaz de schiste dans cette région et la possibilité d'exploiter ces ressources de façon rentable. Si les premiers travaux de géologie sont encourageants, Total forera des puits d'exploration de façon à évaluer ce potentiel.
L'objectif du Gouvernement est de réduire notre dépendance au gaz russe.
Mais à quel prix ? Car la technologie mise en oeuvre,
le fracking ou fracturation hydraulique, est particulièrement décriée, et ses conséquences sur l'environnement et notamment les nappes phréatiques sont nombreuses.
Elle consiste à injecter dans les puits à la verticale puis à l'horizontale des millions de mètres cube d'eau sous pression de sable et d'additifs divers, pour fracturer la roche.
Le gaz ainsi libéré est récupéré. L'eau injectée, après être passée au travers des roches et du gaz, est devenue un
déchet industriel. Elle est alors ultra salée, et s'est chargée de benzène, sultates et chlorites. 60 à 85% de cette eau est récupérée, le reste s'infiltre et contamine les nappes phréatiques et les cours d'eau.
Comme le montre les études menées aux Etats-Unis sur l'eau en provenance des Apalaches, la contamination est progressive et insidieuse. [2] Les usines de traitement de l'eau ne sont pas conçues pour une telle pollution. Une pollution mal connue puisqu'aux Etat-Unis, le vice-Président
Dick Cheney, avait spécifiquement fait exempter en 2005 le fracking des techniques régulées par l'agence de l'environnement, au prétexte que les additifs ne représentaient que 0,5% du fluide total [3].
Qu'en est-il en France ? Pour le moment, seule une évaluation des ressources et de leur rentabilité est à l'ordre du jour. Mais l'étape suivante pourrait être synonyme d'une nouvelle atteinte à l'environnement et aux ressources naturelles, au nom d'une fragile indépendance et de profits substantiels.
Tout cela dépend aussi du prix du pétrole, et il est vraisemblable qu'après avoir profiter quelques mois d'un baril élevé, les pays de l'OPEP vont ouvrir les vannes pour provoquer sa baisse et réduire les initiatives et la recherche sur les alternatives au pétrole, susceptibles à terme de nuire à leur position dominante. Mais les ressources mondiales estimées,
représenteraient plus de 4 fois les ressources de gaz conventionnel [4]. Un futur Eldorado pour des pays comme le Canada, l'Afrique du Sud, l'Inde, la Chine ou encore la Pologne, en fait partout où l'on trouve des bassins sédimentaires argileux ou schisteux.
Le périmètre concerné par la concession accordée à Total et qui s'étend de la Drôme à l'Hérault pourrait voir pousser dans les années à venir des puits de forage destinés à l'exploitation de ce gaz. Quant à la qualité des eaux souterraines, son avenir n'a jamais été aussi sombre, et les eaux de sources locales pourraient bien en pâtir,
comme une célèbre bouteille d'eau gazeuse au début des années 90, pour quelques traces de benzène découverte dans un laboratoire de Caroline du Nord. [1] Un permis en Ardèche et un autre – dit de Nant - qui couvre plus de 4 000 km2 entre
Saint-Affrique et Le Vigan, en passant par le Larzac, ont également été accordés à 2 autres opérateurs.
[2] Aux Etats-Unis, ce sont 50 000 puits, de l'Ohio à la Pennsylvanie en passant par le Kentucky, la Virginie, le Colorado, ou le Montana, qui ont été forés pour l'extraction du Shale Gas. Le gaz de schiste représente aujourd'hui 50 % de la consommation totale de gaz aux Etats-Unis
[3] Le 4 septembre, quatre chercheurs états-uniens ont publié la liste des produits chimiques qui, ajoutés à l'eau, servent à briser la roche. Ils ont identifié 944 produits utilisés par l'industrie dont on ne connaît la composition que pour la moitié d'entre eux. 37% et 52% des molécules des 353 molécules clairement identifiées affecte les systèmes nerveux, immunitaire, rénal ou cardiovasculaire. Une sur quatre sont cancérigènes.
[4] Selon l'Agence internationale de l'énergie, l'Europe posséderait des réserves équivalentes à quarante ans d'importations. Aux Etats-Unis, le seul marché vraiment libre, les prix du gaz ont chuté. Mais dans les pays liés par des contrats à long terme comme la France, les prix continuent à progresser, car ils sont indexés sur celui du pétrole.Carte : © Marion Boucharlat pour OWNI.fr - Avec leur aimable autorisation.
Source : Le Point
Source : Total
Source : Bastamag.net
Source : rue 89
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.