
Plus nombreux sur les pages glacées des magazines que dans la nature où ce qu'il en reste, les grands prédateurs et autres animaux sauvages fascinent dès l'enfance, malgré les contes absurdes qui formatent notre imaginaire et créent des peurs irraisonnées.
Paradoxe, le même qui s'élèvera contre l'extermination des tigres, rhinocéros et autres éléphants, sur des territoires lointains, s'interrogera sur l'utilité du loup et de l'ours dans nos montagnes, super-prédateurs autrement plus inoffensifs. Et s'il est chasseur ou éleveur, qui plus est dans les Pyrénées, l'interrogation deviendra haine viscérale, violente et aveugle, sûrement ancestrale, et surtout infondée.
Un aveuglement qui désespère, révolte devrais-je dire,
Armand Farrachi, auteur de « Une semaine chez les ours », publié chez Les Liens qui Libèrent. Et la révolte est féroce, autant que le sont, dans notre imaginaire, ces bêtes « immondes », comme une gifle en pleine figure, une mise à nu de la bêtise humaine qui prolifère sur la modernité, le confort et le progrès, et ce qui se cache dessous, la cupidité et le pouvoir.
Une semaine passée en compagnie d'un guide dans les montagnes slovènes, où l'ours est présent à raison de 600 individus sur 10000 km2, soit l'équivalent de 30 fois la population française d'ours sur la forêt des Landes, avec pour objectif une rencontre avec le plantigrade à l'état sauvage. Les journées et les affûts vont se succéder, l'insaisissable animal fuyant l'Homme, jouant de son ombre entre fourrées et rochers à des heures où ni le jour ni la nuit ne semblent définis. Car comme le rappelle l'auteur, l'ours n'est pas nocturne par nature, c'est l'homme qui l'a poussé à choisir la pénombre pour plus de tranquillité.
Une semaine d'attente et de réflexions, sans compromis ni charité, sur l'état de notre société et ce rejet absurde du monde sauvage. Et les rondeurs du texte et l'humour omniprésent ne suffisent pas à adoucir les angles d'un propos incisif et féroce, celui d'une lutte qui semble perdue d'avance tant l'adversaire est pétri de mauvaise foi et de haine. Un adversaire qui oeuvre en dépit de la
convention de Berne, sensée protéger les espèces menacées, et qui, à force de dérogation et sous couvert d'impunité, défait le travail de réintroduction entrepris par ceux qui ont compris combien chaque espèce est indispensable.
160 pages qui révoltent, que je déconseille aux éleveurs et chasseurs pyrénéens qui en avaleraient leur chique, mais qui sont aussi une ode à la nature, à sa beauté, sa force, comme à sa fragilité, son innocence, et qui dénoncent son asservissement à une humanité toujours plus cupide et égoïste.
Armand Farrachi est peut-être le dernier amoureux de cette nature sauvage au point d'en rejeter sa propre espèce. Il livre jusqu'au bout ses réflexions et les dernières pages de l'ouvrage finissent de dresser le portrait « malfaisant » de l'Humanité à laquelle il concède d'appartenir. Excessif, le propos ne peut que l'être puisqu'il dénonce les excès dont nous nous rendons coupables, incapables de regarder au-delà de nos quelques troupeaux et de lâcher le moindre mètre carré de nature à ceux que nous avons mis des siècles à exterminer.
« Une semaine chez les ours », d'Armand Farrachi, publié chez Les Liens qui Libèrent, en appelle aux consciences des Hommes. Il est le message d'un homme libre à ses contemporains, et est disponible, dans les meilleures librairies.En savoir plus
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.