Il fut un temps, il y a plusieurs millions d'années, où la nature décida de voir les choses en grand. Des créatures extraordinaires, à la taille défiant l'imagination, se mirent à peupler continents et océans. C'était le royaume des dinosaures et des mammifères géants. De ces temps révolus, ils ne restent que des fossiles pour témoigner de cette ère du gigantisme qui a laissé la place à des animaux de taille beaucoup plus modeste. Mais à y regarder de plus près, il reste bien quelques créatures aux dimensions hors normes, au premier rang desquelles la baleine bleue. |
Ce cétacé est tout simplement le plus grand animal au monde et il est peut-être même le plus grand ayant jamais peuplé notre planète, même s'il est difficile d'avoir des certitudes à ce sujet. Il faut dire qu'avec des spécimens pouvant les dépasser les trente mètres de long et peser plus de 150 tonnes, on a bien affaire à l'animal de tous les records. Imaginez un peu que le cœur de ce mastodonte peut peser plus de 500 kilos et son foie jusqu'à une tonne. Des chiffres incroyables, à mettre en parallèle avec les géants des terres que sont les éléphants, qui ne pèsent que rarement plus de cinq tonnes. Le plus étonnant, c'est qu'on pourrait imaginer que ce titan des mers est un prédateur terrible, dévorant des proies à son échelle et semant la terreur dans les océans. Mais de façon tout à fait paradoxale, ce mammifère gigantesque se nourrit principalement de krill, c'est à dire de petites crevettes ne dépassant pas quelques millimètres de long et ne pesant pas plus d'un ou deux grammes. Cela semble une bien maigre pitance pour une aussi grosse créature, mais fort heureusement le krill est abondant. On estime qu'il y aurait près de 650 millions de tonnes de ces petites crevettes dans les océans. De quoi assouvir l'appétit gargantuesque des baleines bleues. Celles-ci se servent de leurs fanons pour filtrer l'eau et ingurgiter d'énormes quantités de krill. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elles fréquentent principalement les eaux froides à proximité des pôles, là où cette nourriture est particulièrement abondante. Elles en profitent pour faire des réseves de graisse qui leur permettront d'entamer une longue migration qui les conduira jusqu'à des eaux plus tempérées où elles pourront se reproduire. |

On pourrait penser que des animaux de cette taille n'ont rien à craindre et que leur survie est assurée. Ce n'est pas tout à fait faux puisque seuls les plus jeunes peuvent finir leurs jours sous la dent de grands prédateurs tels que les orques, les adultes n'ayant pas d'ennemi naturel. Le problème, c'est qu'il existe un prédateur beaucoup plus petit mais surtout beaucoup plus dangereux en la personne de l'homme. Voyant en la baleine bleue une fantastique réserve de viande et de graisse, les humains ont entrepris de chasser impitoyablement ce mammifère. Alors qu'elles étaient encore sans doute 250 000 à l'aube du XXe siècle, il ne resterait aujourd'hui que 7 à 15 000 individus de cette espèce. Totalement protégée depuis 1966, la baleine bleue pourrait espérer couler des jours meilleurs, mais rien n'est gagné pour autant. Les femelles ne mettant au monde un petit que les deux ou trois ans, les effectifs ne peuvent remonter que très lentement. Plus grave, le réchauffement climatique et les changements qu'il induit sur la biodiversité semble réduire les réserves de nourriture de ces animaux. Les géants des mers ne sont donc pas sauvés, loin s'en faut et la protection de la nature reste plus que jamais une priorité absolue. vincent, pour la Rédaction. |