Je vous parlais dans un article [1] paru sur Fréquence Terre au mois de mai dernier des résultats peu probants d'une technique de fertilisation des océans, dont le but est d'augmenter la séquestration biologique du CO2, l'un des gaz à effet de serre. Les résultats obtenus à l'époque démontraient que l'on ne pouvait pas attendre de l'immersion de sulfate de fer dans l'océan un effet significatif sur les populations de phytoplancton, dont l'activité photosynthétique transforme le gaz carbonique en carbone organique. |
Carte indiquant les sites d'expérimentations de fertilisation au fer. Source : www.bbm.me.uk/FeFert/expSummary.htm Malgré cela, il semble pourtant que les enjeux financiers et le lobbying agressif des sociétés de géo-ingénierie climatique porteuses de ces projets, aient permis à cette technique de poursuivre son chemin dans les hautes sphères politiques. Devant cette situation, l'Union mondiale pour la nature (UICN) vient de lancer un cri d'alarme, jugeant cette technologie méconnue et risquée pour le milieu marin. L'UICN, qui est un organisme regroupant plus de 80 Etats, des experts et des ONG, indique dans son communiqué que, je cite, « de nombreux scientifiques critiquent cette technologie qui repose sur des études loin de prouver un quelconque potentiel de séquestration à long terme mais présentant des risques élevés pour l'environnement marin », fin de citation. Ajouter du fer ou d'autres micronutriments dans l'océan risque, toujours selon UICN, de produire de l'oxyde d'azote ou du méthane, aux pouvoirs bien plus réchauffant encore que le CO2, et de priver d'oxygène les océans profonds et les eaux de surface, ce qui serait fatal à de nombreuses espèces. Autrement dit, le remède serait pire que le mal. Autre conséquence possible de la fertilisation des océans, la prolifération d'algues toxiques, phénomène déjà observé en Floride après des tempêtes de poussières venues du Sahara, dont les particules sont riches en fer. Cette position de l'Union mondiale pour la nature n'est pas unique, la Convention de Londres sur la pollution marine par immersion de déchets ayant indiqué il y a quelques jours que les « connaissances sur l'efficacité et les impacts de cette technologie » sont « actuellement insuffisantes pour justifier des opérations d'ampleur ». |
De son coté, le Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (Giec) décrit dans son dernier rapport la fertilisation des océans comme « spéculative et non attestée, comportant le risque d'effets secondaires inconnus ». Lors de la prochaine conférence de l'ONU sur le changement climatique, qui se tiendra en décembre à Bali, il se pourrait bien que cette technologie, pourtant jugée peu appropriée et risquée, progresse encore et soit considérée comme une solution face à notre difficulté à réduire notre consommation d'énergie fossile, grande pourvoyeuse de gaz à effet de serre. Pourtant, c'est bien par la réduction de notre consommation d'énergie que nous pourrons, sans risques, répondre à l'enjeu majeure du 21ème siècle que représente le réchauffement global du climat. Sources : Yahoo actualités Photo océan : © O. FRIGOUT – Tout droit réservé. [1] Fertiliser les océans : la fin d’une utopie? olivier, pour la Rédaction. |