
Les forêts sont de précieux indicateurs des évolutions du climat, particulièrement utiles aux paléoclimatologues. En déterminant les essences présentes à une époque, en collectant les pollens par exemple, ils reconstituent le climat dans une région. Ces essences migrent, disparaissent ou encore s'installent sur des territoires, au gré des variations climatiques, hygrologiques et de nature de sol. Mais ces évolutions dans la structure des couvertures végétales se font normalement, sur des périodes longues, ce qui n'est pas le cas dans l'Ouest américain où l'on observe,
depuis quelques dizaines d'années à peine, un taux de mortalité des arbres deux fois plus important qu'auparavant. C'est ce qui ressort d'une étude menée par des chercheurs de
l'US Geological Survey, associés à plusieurs universités américaines, et parue le 23 janvier dans la revue
Science. Débutés en
1955, ces travaux de longue haleine ont porté sur des forêts âgées d'au moins 200 ans, réparties sur
76 parcelles en Oregon, Californie, Arizona, Colorado, Nouveau-Mexique, Colombie Britannique et dans l'état de Washington.
En comparant l'évolution du taux de mortalité des différentes essences, avec l'augmentation moyenne des températures, ils ont pu montrer que
le changement climatique était vraisemblablement la cause de cette hécatombe. Et le problème est que l'apparition de jeunes arbres est, quant à elle, restée stable, ne permettant pas un renouvellement des forêts. Une tendance qui, si elle se poursuivait, aurait de graves conséquences et à plusieurs niveaux. Habitat naturel d'une grande biodiversité, ces forêts sont indispensables à la survie de nombreuses autres espèces végétales et animales. Autre conséquence, ces forêts capteront de moins en moins de CO2 au fur et à mesure qu'elles perdront en biomasse.
Selon les chercheurs, ces grandes forêts de l'Ouest américain pourraient changer de structures,
devenant plus clairsemées et se constituer d'arbres plus petits, ce phénomène concernant toutes les classes d'âge, toutes les espèces et toutes les altitudes.
L'origine de cette forte mortalité est donc à rechercher du coté des petites évolutions du climat constatées, expression, au niveau régional, du changement climatique mondial en cours. En effet,
une neige moins abondante et une fonte printanière plus précoce ont entraîné un allongement des sécheresses estivales, particulièrement préjudiciable aux arbres.
Des températures plus élevées qui favorisent la
prolifération d'insectes ravageurs, des épidémies ont d'ailleurs sévi au milieu des années 90, les forêts apparaissant de plus en plus vulnérables.
Les chercheurs concluent en indiquant qu'il conviendrait de repenser la gestion des forêts, notamment en favorisant la migration des espèces par la création de couloirs reliant les espaces naturels. Un principe à l'origine de la création d'une trame verte en France, où l'impact du réchauffement sur la forêt a aussi été constaté. Source : le Monde du 24 janvier 2009 Photo : © Olivier FRIGOUT
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.