
Il y a quelques jours, Doha accueillait la 15e conférence de la Cites, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction. Le but de cette réunion, à laquelle participaient la plupart des pays de la planète, était de définir quelles espèces devaient se voir protégées ou non par une interdiction totale du commerce les concernant. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les décisions prises après plusieurs journées de discours et de votes sont loin d'être satisfaisantes pour les défenseurs de la nature et que c'est une fois de plus l'intérêt économique immédiat qui a prévalu par rapport à une gestion durable des ressources naturelles.
Ce sont les océans qui focalisaient le plus l'attention à l'heure de débuter les débats et ce sont eux qui payent finalement le plus lourd tribut, aucune des espèces susceptibles d'être protégées n'ayant obtenu gain de cause. Le premier round avait d'ailleurs donné le ton, si l'on peut se permettre ce mauvais jeu de mots, puisque c'est le thon rouge qui en faisait les frais. L'Europe, qui présentait un dossier peu convaincant, n'a pas fait le poids face au Japon et autres pays asiatiques. Verdict, le commerce du thon rouge reste autorisé alors que de nombreux experts estiment que cette espèce est en grand danger d'extinction.
Place ensuite aux requins. Chaque année, 100 millions d'entre eux sont massacrés, principalement pour leurs ailerons qui se vendent à des prix qui feraient pâlir d'envie les producteurs de foie gras et sont principalement utilisés pour la confection de soupes très prisées en Asie. Les défenseurs de la nature souhaitaient interdire le commerce de quatre espèces particulièrement touchées, à savoir l'aiguillat commun, le requin taupe, le requin marteau hallicorne et le requin océanique. Résultat des courses, c'est un échec sur toute la ligne et la pêche pourra se poursuivre impunément.
Plus incroyable encore, le requin taupe, dont la population s'est effondrée de près de 80% lors des dernières décennies, avait tout d'abord été inscrit sur la liste des espèces protégées. Mais, face à la pression du Japon, de la Chine et de la plupart des pays d'Asie, un nouveau vote a été organisé et le requin taupe voit son avenir s'assombrir un peu plus. Les coraux n'ont pas eu plus de chances. Très demandés par les bijoutiers, ces étranges animaux pourront toujours être commercialisés, alors qu'ils disparaissent à une vitesse effrayante.

En dehors des océans, l'ours polaire n'a pas eu plus de chance et pourra continuer à être chassé. La Cites estime en effet que le principal danger vient du réchauffement climatique et non de la chasse. C'est vrai que si on part du principe que cette espèce est condamnée, il n'y a pas de raison de ne pas la chasser. Accélérer le rythme de son extinction programmée ne change sans doute pas grand chose à l'affaire.
Finalement, seuls les éléphants ont tiré leur épingle du jeu, la Tanzanie et la Zambie étant déboutées et l'interdiction totale du commerce des plus grands mammifères de la planète étant maintenue. Pas besoin de faire preuve de beaucoup de cynisme pour en conclure que l'économie des pays africains pèse bien moins lourds dans la balance que celle des pays asiatiques. Désolant et déprimant! Tels sont les seuls mots qui viennent à l'eprit à l'issue de cette réunion de la Cites.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.