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ITER : avenir énergétique ou rêve de savants fous ? - Publiée le 30-10-2007

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LA CHRONIQUE
Le projet ITER est sur les rails, avec la promesse de nous donner les moyens de produire demain une quantité d'énergie phénoménale, inépuisable et soi-disant propre. Mais ITER divise la classe politique, et ce qui est plus inquiétant, les scientifiques.
ITER aboutira-t-il à la production industrielle d'électricité par fusion thermonucléaire ou sera-t-il le plus grand fiasco de l'histoire des sciences ?

Contrairement à la fission, utilisée dans les réacteurs actuels, la fusion consiste à rapprocher deux atomes légers, au point que leurs noyaux vont fusionner.
Simple en apparence, ce mécanisme suppose à la fois de confiner la matière et de la chauffer à de très hautes températures.
Le confinement est réalisé par l'action d'aimants qui créent un champ magnétique circulaire[1] maintenant à distance des parois le combustible. Ensuite, la fusion n'a lieu que lorsque les forces de répulsion électrique sont vaincues. En effet, constitués de protons et neutrons, les noyaux que l'on cherche à fusionner se repoussent. On ne peut obtenir la fusion qu'à de très hautes températures. Ce sont deux isotopes de l'hydrogène, le tritium et le deutérium , qui ont été choisis car leur fusion est la plus accessible. Il faut tout de même atteindre 100 millions de degrés pour démarrer une réaction autoentretenue, une température qui suppose des matériaux capables d'y résister.


Un obstacle technique qui n'est pas le seul.
Lorsque la fusion libère son énergie, 80% de celle-ci est dissipée sous la forme d'un neutron très énergétique. Le physicien et Prix Nobel Pierre-Gilles de Gennes, décédé le 18 mai dernier, pensait que les bobinages de supraconducteurs nécessaires au confinement de la matière ne supporteraient pas longtemps ce bombardement de neutrons rapides. Pour absorber ces neutrons, Richard Majeski et ses collaborateurs proposent d'utiliser une barrière de lithium liquide. Ce qui ne rassure pas un autre prix Nobel, Masatoshi Koshiba, qui rappelle que l'on n'a jamais manipulé de neutrons à ce niveau d'énergie.
Générant peu de déchets radioactifs lors de l'exploitation, un réacteur de ce type en produirait tout de même lors de son démantellement ou de sa maintenance.



Autre difficulté : le rendement d'une telle installation.
Pour être viable économiquement, un réacteur doit fournir 50 fois plus d'énergie qu'il n'en consomme. ITER, qui n'est qu'un réacteur expérimental, n'atteindra qu'un rapport de 10.
Enfin, et ce point est fondamental, l'approvisionnement en combustible. Alors que le deutérium s'extrait de l'eau pour un coût d'environ 1500 euros le kilogramme, la fabrication d'un kilogramme de tritium, revient à 7 millions d'euros.

Projet extrêmement coûteux, dont l'issue est incertaine, comportant des risques industriels au même titre que la fission et s'avérant représenter une source non négligeable de polluants radioactifs, ITER divise les consciences, et risque, s'il n'aboutissait pas, de compromettre l'approvisionnement énergétique des générations à venir, tant il réduit les investissements sur les autres voies de recherche, comme celles des énergies renouvelables.

[1] En fait, dans un prototype « tokamak », un ensemble de bobines produit un champ magnétique dans la direction du tore, auquel vient s'ajouter le champ magnétique créé par un courant intense axial circulant dans le plasma lui-même. Les deux champs générent la structure hélicoïdale des lignes de champ.

Sources :

wikipedia.org - ITER
wikipedia.org - Fusion
CEA - Projet ITER

                olivier, pour la Rédaction.


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