Chaque année, l'homme défriche 13 millions d'hectares de forêts, principalement pour étendre diverses formes d'agriculture et d'élevage, et installer des industries d'extraction. Treize millions d'hectares… c'est, dit-on, quasiment l'équivalent de la superficie de notre forêt métropolitaine. Quelle absurdité… Comment, en effet, peut-on comparer les couverts forestiers sous nos latitudes avec la selva brésilienne, indonésienne, soudanaise ou birmane que l'on détruit sous nos yeux ! Ces forêts, souvent riches de plus de 200 essences arborées par hectare quand une seule peut parfois en occuper des milliers en Amérique du Nord, abritent trois quarts des espèces animales et végétales, elles sont le terrain de subsistance de 300 millions d'êtres humains. |
Les forêts humides de Bornéo, Sumatra et de Nouvelle-Guinée réussissent, elles, à rassembler sur quatre millièmes des terres émergées de la planète : 10% des espèces végétales connues, 11% des mammifères dont l'orang-outan, le rhinocéros blanc et le tigre de Sumatra, et 16% des oiseaux. Ce qui est tragique, c'est que depuis plus d'un demi-siècle, nous contribuons de manière directe et indirecte à modifier ou à détruire ce patrimoine écologique. Du fait de la déforestation, entre 5.000 et 10.000 espèces disparaissent chaque année de la surface de la Terre ! Au cours des quinze dernières années, environ 185 millions d'hectares de forêts, en majorité des forêts primaires, ont été affectées à une autre utilisation. Deux tiers des terres déboisées prennent cadre en Amérique du Sud ou en Afrique. Doté de la plus vaste forêt naturelle du monde devant la Fédération de Russie, le Canada et les Etats-Unis, le Brésil est responsable, à lui seul, d'un quart des surfaces défrichées. En Afrique, quatre pays : le Soudan, la Zambie, la Tanzanie et le Nigeria, interviennent pour moitié dans le processus à l'échelle du continent. Il en va de même en Indonésie où la couverture forestière a été réduite de deux tiers au cours du demi-siècle écoulé. Des 48 millions d'hectares encore boisés, ils représentent 80% du couvert du sud-est asiatique, près de 2 millions d'hectares sont détruits chaque année. En Birmanie, ce sont les dernières forêts naturelles de tecks que la junte militaire arase au rythme de 540.000 ha/an. |

Si les chiffres annoncés renseignent sur l'étendue du processus, ils n'apportent en revanche que peu d'informations sur l'intensité de la déforestation. Sans défendre Brasilia, il est certain que, dans le contexte actuel, un pays tropical vaste de huit millions et demi de kilomètres carrés dont 64,3% sont occupés par des forêts, affiche des valeurs quantitatives en liaison avec ses traits physiques. En d'autres termes, le Brésil n'est peut-être pas un aussi mauvais élève en matière de protection des forêts que l'on veut bien nous le faire croire. Avec un taux annuel de déforestation de 0,4%, il se situe en effet très en deçà de la plupart des pays de la zone tropicale. L'intensité du processus aux Comores (-7,4%), au Burundi (-5,2%), au Togo (-4,5%), en Mauritanie (-3,4%), au Nigeria (-3,3), en Ouganda (-2,2) ou aux Philippines (-2,1), mériterait tout autant notre attention. Samuel Perichon Sources : Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO), 2005. Global forest resources assessment 2005 - Progress towards sustainable forest management, Rome, 159 p. Smouts M.C., 2001. Forêts tropicales jungle internationale – Les revers d'une écopolitique mondiale, Presses de Sciences Po, Paris, 349 p. En savoir plus... samuel, pour la Rédaction. |