
Alors que la question de la biodiversité et surtout celle des moyens de la comptabiliser seront au coeur des discussion à Nagoya au Japon, je vous propose d'aller voir cette semaine une structure française pionnière dans la question controversée des systèmes de compensation. Il s'agit de la CDC qui a crée en 2008, une filiale spécialisée dans la Biodiversité.
Son crédo : « agir », en proposant à des industriels de compenser l'impact négatif de leurs activités sur la biodiversité en investissant dans des projets de préservation des écosystèmes.
Un des projets phare de la CDC Biodiversité consiste à restaurer le système écologique et pastoral de Cossure, dans la plaine de la Crau (Bouches-du-Rhône). Des « unités de biodiversité », comme on les appellent, pourront être acquises par des industriels en besoin de compenser les impacts écologiques qu'ils n'ont pu éviter. Cette opération d'envergure est assez unique en France alors même que les textes prévoyant la compensation datent de 1976.
L'ingénierie écologique mobilisée sur le site pilote de la plaine de la crau a pour objectif de faire renaître un écosystème local original – en l'occurence une steppe rase - dans le cadre d'un projet de territoire porté par les acteurs locaux.
Rappelez vous, en Aout 2009, c'est précisement ce site qui avait fait la une de l'actualité alors qu'un garde de la réserve naturelle des Coussouls, où paissent les moutons depuis 6 000 ans, avait surpris un geyser de pétrole dans ses jumelles. L'explosion d'un pipeline avait fait jaillir plus de 4 000 tonnes de brut dans cet écosystème unique en Europe.
Depuis, la Société du pipeline sud européen (SPSE), responsable des canalisations, a fait enlever 66 000 tonnes de terres souillées mais il reste encore selon les experts du pétrole sous la surface dont une partie a d'ailleurs touché la nappe phréatique. Aujourd'hui c'est l'incertitude qui prime que ce soit sur les pertes écologiques réelles comme sur les solutions de dépollution à moyen terme. Consciente que "certaines pertes sont irrémédiables", la secrétaire d'État à l'Ecologie, Chantal Jouanno, compte sur un meilleur contrôle des pipelines et s'appuie aussi sur le système novateur de compensations mis en oeuvre par la CDC et qui a fait l'objet d'une validation par le Ministère de l'Ecologie.
Dans le cadre du mécanisme de compensation, la CDC Biodiversité a donc acquis 357 hectares d'anciens vergers et s'est engagée à réhabiliter un espace favorable à la biodiversité originale de ce territoire. La reconstitution d'ensembles végétaux devrait permettre à des espèces animales communes en Crau comme la Outarde canepetière, Ganga cata,ou le Lézard ocellé de recoloniser le territoire..
La reconstitution d'une continuité écologique avec la réserve naturelle des Coussouls de Crau toute proche est envisagé et l' écosystème ainsi restauré, sera prioritairement destiné au pâturage ovin, retrouvant ainsi sa vocation naturelle et pastorale.
Les partenaires au projet sont le Conservatoire Etudes et Ecosystèmes de Provence (CEEP), la Chambre d'Agriculture des Bouches du Rhône et l'Institut Méditerranéen d'Ecologie et de Paléoécologie de l'Université d'Avignon.
Ainsi la CDC Biodiversité mobilise et expérimente avec ses partenaires une ingénierie écologique spécifique. Un suivi scientifique régulier en relation avec la Réserve Naturelle des Coussouls de Crau est assuré.
Reste que même si cette oopération permet de sauvegarder l'équilibre naturel d'un site, la meilleure des compensations est celle qui n'a pas lieu d'être, comme se plait à le dire Jacques Weber, du CIRAD.
Anne-Laurence MAZENQ, pour la Rédaction.