
L'AIE fixe à 2020 le pic de production pétrolière.
L'Agence Internationale de l'Energie (AIE) se voulait jusqu'alors rassurante, elle se défend aujourd'hui d'avoir fait preuve d'optimisme. Son rapport 2007 prévoyait un taux de déclin de la production des champs pétrolifères existants de
3,7 % par an. Le rapport 2008 l'évalue lui à
6,7 %, ce qui change complètement la donne. Résultat, alors que l'on se croyait à l'abri jusqu'en 2030, la pénurie de pétrole pourrait bien se produire dans une dizaine d'années.
Ce nouveau taux est justifié par une étude fondée non pas sur des estimations, comme par le passé, mais sur une enquête menée pays par pays, gisement par gisement et sur les champs terrestres et offshore. Une enquête jamais réalisée jusqu'alors, et qui fait froid dans le dos.
Car selon l'expert pétrolier
Robert L. Hirsch, «
en l'absence d'une adaptation en temps voulu, les coûts économiques, sociaux et politiques » du pic de l'offre pétrolière mondiale «
seront sans précédent ». Il estime que même si le monde développait une réponse en urgence «
10 ans avant le pic pétrolier mondial », on subirait «
un déficit de combustibles liquides durant à peu près une décennie » après ce pic. Il conclut «
qu'afin d'éviter l'effondrement de l'économie mondiale, nous devons entreprendre « un programme d'adaptation en urgence 20 ans avant le pic ».
Les nouvelles prévisions de l'AIE indiquent donc
qu'il va nous manquer 10 ans pour nous adapter, même en investissant au maximum dans l'exploitation, particulièrement destructrices pour l'environnement, des gisements non conventionnels comme les sables bitumineux canadiens.
En fait, l'AIE s'attend à ce que les pays producteurs hors OPEP connaissent une baisse de production d'ici trois à quatre ans. Tous pays producteurs confondus, le déclin devrait s'amorcer à partir de 2020, même si les pays membres de l'OPEP investissent en temps voulu.
Quelle est la signification de tout cela pour notre quotidien ? Tout d'abord, que la baisse du baril ces derniers mois n'est pas durable et répondait à une conjoncture financière exceptionnelle. Directement lié à l'activité économique mondiale, son prix pourrait bien rebondir très vite, surtout si l'Asie retrouve une croissance soutenue, et croître d'autant qu'il verra sa production baisser.
Mais plus globalement, c'est le modèle économique mondial qui est condamné, et ceci à une échéance bien plus courte que prévue. Basée sur des échanges intercontinentaux et une ultra spécialisation des productions, cette économie de marché menace de s'effondrer dès la pénurie de pétrole amorcée, et la "planète Finances" avec elle. Les populations de plus en plus concentrées dans les centres urbains seront ainsi confrontées à de graves problèmes d'approvisionnement.
Il semble donc urgent qu'avec la révolution énergétique soit conduite, au niveau mondial, une révolution économique, fondée sur la proximité entre la production et la consommation, et sur un retour à la diversité agricole. La relocalisation de l'économie et une agriculture réorientée vers des cultures vivrières semblent aujourd'hui incontournables, dans un monde où les transports n'occuperont plus la place qu'ils occupent aujourd'hui.
Retour en arrière pour certains, porte de sortie pour d'autres, 2009 sera pour chacun d'entre nous l'occasion de prendre part, par ses choix de consommation, à ce nouveau défi. Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.