C'est en tout cas le vœu de la Commission Européenne qui a adopté le 27 février dernier à Bruxelles un plan de réduction graduée des prises de ce poisson. Surexploité depuis de nombreuses années, le thon rouge de méditerranée fait l'objet de l'attention contradictoire des scientifiques et des écologistes d'une part, et des pêcheurs et éleveurs d'autre part. La demande japonaise est si forte que ce poisson est devenu un marché juteux conduisant son espèce à une extinction promise si rien de concret n'est entrepris rapidement pour l'enrayer. |
Un marché qui génère en plus une pêche illégale particulièrement problématique. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : on estime à 50.000 tonnes les prises annuelles contre 25.000 tonnes de poissons naissant chaque année. Autant dire que cette disproportion est la clef du désastre qui s'annonce. Un désastre amplifié par la multiplication des fermes d'élevage en mer qui engraissent des juvéniles dont le rôle pour la reproduction de l'espèce est fondamental. La cinquantaine de fermes connues aujourd'hui produisent 25 000 tonnes de thon par an, contre 200 en 1997. Face à la pression exercée par les écologistes et le comité scientifique de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA), la Commission Européenne a adopté un plan de réduction des prises qui devront diminuer au niveau mondial de 32.000 tonnes aujourd'hui à 25.500 tonnes en 2010. Un plan qui s'accompagne de la mise en place de mesures de contrôle visant à lutter contre le dépassement des tonnages autorisés, et de conditions de pêche plus drastiques comme la taille minimale des prises qui est relevée de 10 à 30 kg, l'interdiction du repérage des bancs de thon par avion , et la diminution des périodes de pêche, les bateaux ne pouvant plus sortir que pendant 6 mois. La pêche loisir est aussi concernée par ces mesures puisqu'une seule prise ne sera dorénavant possible par sortie. Un plan toutefois jugé très insuffisant par l'association écologique Greenpeace qui considère comme un camouflet la publication des quotas alloués pour 2007. Greenpeace indique que ce sont 32.000 tonnes qui sortiront légalement de Méditerranée cette année, constatant que les 29.500 tonnes décidées à Dubrovnik en novembre 2006 par la CICTA n'ont pas été retenues. Les écologistes dénoncent également le comportement de pays concernés par la pêche au thon et qui ne se plieront pas à des quotas que Greenpeace considère de toute façon largement insuffisants. D'après l'association de défense de l'environnement, « la Turquie, qui se voyait proposer 918 tonnes, s'en est arrogé 1.950 supplémentaires », et « la Libye, à qui 1.280 tonnes étaient allouées, s'en est arbitrairement attribué 950 de plus ». |

L'Europe met ainsi en avant le chiffre de 16.779,55 tonnes de quotas pour 2007, un chiffre qui n'intègre pas le prélèvement d'autres pays comme le Maroc, deuxième pays pêcheur de thon, qui annonce toutefois engager une réduction de ses prises de 23,2% pour atteindre 2441 tonnes d'ici la fin de la décennie. La situation du thon rouge reste donc critique, les professionnels de ce secteur semblent encore une fois avoir obtenu gain de cause malgré la dégradation des populations de l'espèce dénoncée par les scientifiques. L'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (IFREMER) considère que le quota actuel est supérieur de 23% à celui qu'il conviendrait de respecter pour éviter un déclin des populations de thon rouge. Comme le souligne M. Fromentin, expert français à l'IFREMER, « l'exploitation actuelle du thon rouge présente les mêmes caractéristiques biologiques et économiques qui ont conduit d'autres espèces, comme la morue canadienne, vers l'extinction. » Cette année encore, l'Europe ne semble pas avoir été en mesure de protéger l'espèce contre les intérêts économiques qui sont en jeu. Les professionnels restent sourds aux expertises et persistent à piller une ressource qui les fait vivre, pour le moment. Photos : Thons : Greenpeace Délégation du Comité consultatif de la pêche et de l'aquaculture (CCPA) - Crédit : © Communauté européenne, 2007 Sources : Commission européenne Parlement européen Article du Monde Greenpeace olivier, pour la Rédaction.la rédaction |