A priori, la démarche pouvait paraître louable. Un grand constructeur mondial, possédant une écurie de Formule 1, décide de s'engager pour la planète en renonçant à la publicité sur le flanc de ses monoplaces, laissant la place à une campagne de sensibilisation du public aux changements climatiques. |
L'idée est de recouvrir les voitures de course d'une image représentant la planète, résultat de la juxtaposition des noms des passionnés de F1 prêts à verser une contribution à une association luttant pour la préservation de l'environnement. Accessible sur internet (1), ce projet se veut le reflet de la politique environnementale de la firme nippone qui croit, comme les dirigeants de la FIA (Fédération Internationale Automobile), que les technologies développées pour les F1 seront profitables à l'humanité et à la planète. En outre, l'écurie Honda souligne que si 1 % des quelques 150 millions de téléspectateurs qui assistent toutes les 2 semaines aux courses de F1, éteignaient leur ordinateur tous les soirs, cela ferait économiser 45 000 tonnes de CO2 par an. Faisons alors quelques comptes. Une F1 consomme en moyenne 75 litres de carburant aux 100 kms. Cela représente plus de 5 kilogrammes de CO2 par monoplace et par Grand Prix , et seulement pour la course. Essais officiels et privés, développement des moteurs et des châssis, transport de l'écurie…, Honda estime à 10.000 tonnes ses rejets de CO2 par an (2). Il y a onze équipes de F1 sur le plateau… La Formule 1 rejette donc à elle seule deux fois ce qu'Honda propose d'économiser via les « computers » des téléspectateurs. Si on ajoute les embouteillages à l'entrée des circuits et l'attrait vers les grosses cylindrées (qui n'a plus de sens aujourd'hui) que les courses entretiennent, la calculette s'affole. |

Les questions qui se posent sont plutôt les suivantes : Pourquoi Honda ne propose pas de véhicules électriques et flexfuel aux consommateurs ? Pourquoi la FIA n'impose-t-elle pas l'utilisation de carburant « renouvelable » comme le bioéthanol aux écuries ? Pourquoi sommes-nous si fascinés par la compétition automobile ? L'étroite relation entre les constructeurs et les pétroliers, les lourds investissements dans des motorisations essence et surtout diesel qu'il faut rentabiliser, les enjeux financiers en terme de droits de diffusion et de publicité, autant de raisons de garder le couvercle sur un « sport » qui n'a plus sa place dans une société civilisée qui doit entamer une révolution énergétique. De plus, la difficulté que rencontre la plupart des gouvernements dans la lutte contre la délinquance routière (malgré une baisse considérable des tués en France ces dernières années) disqualifie toute tentative de justification de ce grand cirque mécanique. Pour cette tentative de mystification, Honda mérite bien le Grand Prix… du mauvais goût. Photos © Honda Racing F1 Team (1) myearthdream (2) source Honda Racing F1 Team olivier, pour la Rédaction.la rédaction |