Fréquence Terre vous propose de découvrir un texte qui nous est envoyé directement depuis l'île de la réunion par Jean-Pierre Espéret, Porte-parole des verts à la réunion. Y sont évoquées les inquiétudes du moment, et un balayage des conséquences écologiques. Une conférence de presse qui a eu lieu sur place, rédigée par ceux qui semblent être les plus concernés. Février 2006 Comme pour la vague de décès de personnes âgées qui a submergé la France lors de la canicule de 2003, il semble que tout un enchaînement de dysfonctionnements des services de l'Etat ait amené l'état sanitaire désastreux, face à l'épidémie de Chikungunya, dans lequel nous sommes aujourd'hui. |
Comme lors de cette première grave catastrophe sanitaire du deuxième mandat de Jacques Chirac, il semble bien que la cause majeure de ces disfonctionnement soit l'étranglement du budget du service public : Santé, Education, Recherche, décentralisation sans financements qui entraîne l'abandon de la lutte anti-vectorielle, le remplacement des TOS par des précaires, une gestion des déchets en dessous de tout... Tous ces rognements sur les budgets nécessaires à la sauvegarde de la population aboutissent finalement à quoi ? A un désastre économique : des entreprises qui tournent au ralenti, des micro-entreprises qui mettent la clef sous la porte et notre désormais premier secteur économique, le tourisme, avec le battage médiatique négatif fait autour de cette affaire, qui va chuter et qui mettra du temps à remonter la pente. Maintenant on doit aussi s'interroger sur la réaction tardive, tout en esbroufe, comme lors de la canicule, comme lors de l'embrassement des banlieues des autorités locales et nationales, un ministre qui débarque en Zorro avec ses bataillons pour quoi faire ? D'abord la communication : Est-ce la bonne, essentiellement écrite ? La grand messe d'hier soir sur Télé-Réunion n'était-elle pas un peu trop intellectuelle ? RFO nous promet de faire une plus grande place au créole, n'était pas la bonne occasion ? Curieusement on ne répond pas sur les dangers pour les femmes enceintes, on ne parle pas de la nécessité que les gens malades prennent soin de ne pas devenir eux aussi vecteurs de la maladie. Ensuite l'action : Nettoyer les ravines de toutes les saletés qui y traînent ? Nous disons bravo : cela fait des années que nous réclamons à cors et à cris une gestion cohérente des déchets et des eaux usées, pas grand chose : simplement l'application des textes en vigueur. Déverser des insecticides sur toutes les flaques d'eau. Est-ce possible ? Est-ce efficace ? Est-ce sans préjudice sur l'environnement ? Vu la configuration de l'île c'est impossible d'en mettre partout. L'aedes n'est pas l'anopheles ( moustique vecteur du paludisme). L'aedes ne pond pas nécessairement ses oeufs dans l'eau, il peut les pondre ailleurs et ils sont capables d'attendre la pluie pour se développer un an au sec. Quelle est la sélectivité du Téméphos, insecticide utilisé par la DRASS et qui devrait être interdit en Europe à partir du 1er septembre 2006 ? Quelle est celle du Fénitrothion ? Il est probable que tous les espèces à sang froid vont en pâtir (Garez vos tortues !) et parmi elles les espèces endémiques extrêmement rares comme le phesulma borbonica et le phesulma inexpectata (lézard de Manapany) dont l'espèce est en danger de mort si son très petit habitat (de la Rivière Langevin à Grand-Anse) est désinsectisé. |

Vont également en souffrir les prédateurs : poissons, batraciens, oiseaux insectivores comme la salangane et l'hirondelle (absentes du ciel dyonisien ces jours-ci !!!), l'oiseau Vert, l'oiseau blanc, le tuit-tuit et leur prédateur, le papangue. Que se passe-t-il quand il pleut comme il a plu ces derniers jours ? Tout part à la mer et finit par se concentrer comme le mercure dans les super-prédateurs, tels le thon, l'espadon, le Marlin, gout anou ! La possiblité de lutte biologique, qui n'est pas non plus sans danger, mais qui, si elle est utilisée avec la plus grande circonspection, peut donner des résultats intéressants (cas du ver blanc parasité par un champignon spécifique) doit être examinée. D'autant que c'est ce qui est préconisé par la Ministre de l'Environnement elle-même en matière de lutte contre l'aedes en métropole : Bacillus Thuringiensis S14 Le principe de précaution ce n'est pas la politique du lance-flammes, c'est anticiper et prévoir, comme gouverner paraît-il. La recherche d'un vaccin semble la grande priorité, ainsi d'ailleurs que sur les autres grandes maladies virales tropicales : la dengue, le paludisme... Le réchauffement de la Planète, qui rend ces maladies de plus en plus possibles en métropole incitera peut-être nos lointains décideurs à se mobiliser davantage. Ensuite nous ne sommes pas seuls sur une île, mais dans un archipel, dans un Océan. Il devient impératif de ne plus envisager la question sanitaire isolément mais globalement, avec tous les territoires de la zone. Jean-Pierre Espéret (Porte-parole)
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