Nature Sans Frontières : l'actualité Nature & Environnement décryptée et commentée depuis Bruxelles, Capitale de l'Europe. Naguère pays fort prospère et modèle de gestion étatique avec son célèbre « consensus entre les communautés » (60% de néerlandophones, 40% de francophones et quelques milliers de germanophones), d'où un nombre pléthorique de gouvernements (fédéral, communautaires, régionaux..), donc de ministres (près de 60 !), aujourd'hui l'avenir de la Belgique est sur la sellette. Ainsi, depuis le mois de juin, date des élections législatives, les politiques belges n'arrivent pas à former un gouvernement fédéral, ce qui en fait la plus longue crise institutionnelle de ce pays indépendant depuis 1830. |
Tout et son contraire tentent de justifier cette crise majeure. Pêle-mêle : d'aucuns voient cette impasse à cause d'une partie de la communauté flamande saturée de devoir « tirer » une Wallonie quasiment exsangue sur le plan économique, traitée de « fainéante » et de « terre de scandales et de magouilles », d'autres évoquent un « pays artificiel » formé de communautés aux mœurs, cultures, langues… radicalement différentes (la Belgique n'a même pas de langue propre, pour preuve l'appel à une pétition nationale pour l'unité du pays lancée en… anglais !), certains mettent aussi en cause la Constitution qui, par exemple, n'admet pas le référendum, il y a, encore, ceux qui prônent une confédération à la Suisse (là, il y a quatre langues !), ou le rattachement ou le retour de la Wallonie à la France, voire, disent que c'est la royauté (dont les membres ne parlent généralement que le français) qui pose problème… Aborder cette dernière problématique semblait un crime de lèse-majesté il y a quelques années, mais à ce jour, le débat est également sur le tapis et d'aucuns stigmatisent un chef de l'Etat, le roi Albert II, non élu démocratiquement et bénéficiant d'un « droit de sperme » obsolète, sans parler de toute sa très nombreuse famille qui vit « royalement » d'une « donation civile», autrement dit de l'argent prélevé au peuple. Un chef de l'Etat qui, à part inaugurer les chrysanthèmes ne peut pas, selon ladite Constitution, se mêler des affaires de l'Etat sans le consentement officiel du Gouvernement fédéral. Or, comme celui-ci est « en affaires courantes »… C'est dire si les choses sont cadenassées et compliquées en Belgique ! Et, ne parlons pas du statut de Bruxelles. Capitale de la Belgique, capitale de l'Europe, siège de l'OTAN et de multiples institutions internationales, c'est cette ville à 80% francophone qui est « convoitée » par de nombreux flamands qui revendiquent un droit du sol à son encontre… Bon divorce et cohabitation difficile Faire passer les Flamands pour les seuls « fossoyeurs » de la Belgique est probablement un leurre, pas mal de Francophones penchant également pour une séparation à l'amiable : il vaut mieux un bon divorce qu'une mauvaise cohabitation (air connu). Comme le faisait remarquer un observateur étranger à la Belgique, Ari Vatanen, ex-pilote de rallye devenu député européen, « si la majorité des Belges est d'accord pour que la Flandre et la Wallonie - avec un statut spécial pour Bruxelles, nous supposons - deviennent indépendantes, la démocratie devrait opérer et cela n'aurait rien de catastrophique. L'Union européenne est faite pour rassembler les peuples, mais les Etats membres qui la composent ont chacun leur spécificité qui en fait la richesse. Dès lors, si la Flandre et la Wallonie devaient devenir deux Etats, je ne suis pas sûr que leurs citoyens y perdraient grand chose. » (« La Dernière Heure », quotidien, du 19 novembre 2007). Mais, au juste, que veulent les Belges ? Récemment, une manifestation, à grande majorité francophone « pour l'unité du pays » a rassemblé quelque 35 000 personnes dans les rues de Bruxelles. |

Succès de participation ou échec ? « Ce ne fut en tout cas pas un raz-de-marée » , titra le quotidien « La Libre Belgique ». Il est vrai que la Belgique a connu des manifestations beaucoup plus marquantes : 100 000 personnes contre l'installation de missiles nucléaires américains sur le territoire national, 400 000 manifestants lors de la Marche blanche (affaire Dutroux)… et puis, face aux « Belgicains » (nostalgiques de la Belgique de papa, un tantinet nationalistes), il y a des millions de gens qui continuent de travailler (ou qui se débattent avec des problèmes sociaux autrement plus préoccupants), qui poursuivent le dialogue avec leurs voisins, Flamands ou Francophones ou Germanophones, il y a tous ceux qui, à l'instar d'Ari Vatanen, penchent pour une Europe des régions ou des terroirs, chacune gardant une certaine autonomie culturelle tout en évitant un nationalisme exacerbé. Ce n'est donc pas la guerre civile en Belgique où les gens se côtoient encore avec beaucoup de civilité, n'empêche, il est grand temps que les politiques œuvrent de manière concrète. Ainsi, le mouvement écologique dans son ensemble en appelle aux politiques pour qu'ils n'omettent surtout pas de prendre en considération maints problèmes urgents : eau, nucléaire, réchauffement climatique, gestion des déchets… Il ne faudrait pas que le bateau « Belgique » qui prend eau ne se mette à couler ! Pierre Guelff.
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