Et "quand une espèce disparaît, c'est comme quand une maille saute: cela n'empêche pas le tissu de tenir. Et puis, deux, trois, quatre mailles sautent et tout d'un coup, tout s'effiloche", ajoute-t-il. Or, "il est certain qu'actuellement, il y a une érosion globale d'une grande partie des espèces animales et végétales, aussi bien sauvages que domestiques. Donc on parle d'érosion de la biodiversité", fait-il observer. Selon les signataires de cet appel - 19 experts de 13 pays - près de 12% de toutes les espèces d'oiseaux, 23% des mammifères et 32% des amphibiens sont, entre autres, menacées de disparition . Et le réchauffement climatique pourrait causer une augmentation supplémentaire de 15 à 37% des chiffres de l'extinction prématurée des espèces existantes au cours des 50 prochaines années. Quand une espèce disparait, même si l'événement passe totalement inaperçu dans le grand public, "c'est un signal qui nous dit que le tissu vivant de la planète se dégrade, que les milieux dans lequel on vit, sont en train de se dégrader, et c'est notre cadre de vie qui est en cause ", déclare Robert Barbault. "L'extinction des espèces est un phénomène normal mais ce qui est en cause, c'est une disparition accélérée qui n'est pas compensée à la même vitesse par la production de nouvelles espèces", observe-t-il. Par exemple, le rythme de disparition actuel des vertébrés est de 100 à 1.000 fois plus élevé que leur taux d'extinction normal , précise-t-il, se référant à des chiffres de l'Union mondiale pour la nature (UICN). "Les espèces les plus menacées sont celles qui sont directement en concurrence avec l'espèce humaine pour l'utilisation de l'espace et des ressources, en particulier celles qui ont besoin de beaucoup d'espace, les mammifères, les oiseaux, les plantes supérieures", précise cet expert, auteur d'un essai publié aux éditions du Seuil, "Un éléphant dans un jeu de quilles: l'homme dans la biodiversité". |

Mais la problématique de la biodiversité est complexe et elle ne mobilise ni le grand public, ni les hommes politiques, déplore-t-il. "On continue d'avoir l'impression que le message ne passe pas et la raison en est simple, plus on en parle, plus on donne une impression de multiplicité de petits événements - disparition d'une espèce de papillon ou de grenouille - sans voir le lien qu'il y a entre tout cela", ajoute-t-il. De plus, on manque d'indicateurs pour mesurer l'érosion de la biodiversité, à l'instar du dioxyde de carbone (CO2) et de ses effets sur le réchauffement climatique. Mais "on peut en trouver des indicateurs", s'insurge Robert Barbault qui exhorte les scientifiques à parler d'une même voix pour orienter les politiques mondiales. Les experts, co-signataires de l'appel paru dans Nature, demandent la création d'un mécanisme de coordination mondial, représentatif des sciences de la biodiversité, afin d'éclairer les décisions qui seront prises par les dirigeants politiques, à l'instar de ce qui a été fait pour le réchauffement climatique avec le Groupe intergouvernemental sur l'évolution climatique (Giec). source : dépêche AFP
source fred, pour la Rédaction.la rédaction |