10:03 - lundi octobre 23, 2017

100.000 ans de mémoire pour les déchets nucléaires

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ART ET MÉMOIRE. L’Agence nationale de gestion des déchets nucléaires (Andra) a un problème épineux à résoudre. Si elle mène à bien son projet d’enfouissement des déchets nucléaires les plus dangereux à Bure (Haute-Marne), l’Andra devra tout mettre en œuvre pour que les générations suivantes n’oublient pas l’emplacement du centre nommé Cigeo. Il faut pour cela trouver un monument, des symboles, des outils de transmission qui puissent tenir pendant 100.000 ans. Vertigineux pour Homo sapiens qui n’est apparu sur Terre qu’il y a 200.000 années environ. L’Andra vient donc de décerner fin novembre les prix “Art et mémoire” à trois propositions artistiques reçues dans le cadre d’un appel à projets auquel 24 artistes avaient répondu. Trois prix, et trois façons très différentes d’envisager la transmission au long cours d’une information cruciale.

1er prix décerné par l’Andra : ” Forêt »

Dans 200 ans, la signalétique de Cigéo selon Pierre Laurent. © “les nouveaux voisins”

STONEHENGE. Nous avons réfléchi à la façon dont l’œuvre non seulement signale l’emplacement mais aussi procure une barrière supplémentaire de protection aux déchets » résume Pierre Laurent, architecte fondateur de l’atelier “les nouveaux voisins”. Le projet envisage un lent passage de la technologie vers la nature. Au-dessus des déchets qui gisent à 500m de profondeur, les concepteurs ont imaginés 80 jeunes chênes juchés au sommet de piliers rectangulaires de 30 mètres de haut disposés en quatre cercles concentriques. Ces pylônes sont situés au-dessus d’une réserve d’eau épousant leur forme. Par goutte-à-goutte, à la manière d’une clepsydre, l’eau va s’effacer pour permettre aux piliers de s’enfoncer lentement dans le sol. Il faudra 300 ans pour que les arbres retrouvent la surface. Ce seront alors des chênes matures que la Terre accueillera. “Il s’agit d’une sorte de Stonehenge contemporain, poursuit Pierre Laurent. Les cercles plantés d’arbres et le béton enterré qui empêchera toute extraction constitueront un mystère qui imposera le respect du lieu ».

2ème prix décerné par l’Andra : ” Bonne chance »

La capsule, son cylindre à gratter et le poinçon. © Bruno Gasser

CAPSULE. Bruno Grasser a décidé de faire confiance à l’homme et à son sens de la communication des savoirs. “Bonne chance” “est un objet de transmission à protocole » explique l’architecte-plasticien. “ La mémoire des sites de stockage des déchets nucléaires pose une grande responsabilité à celui qui en prend connaissance, explique-t-il. Celle de la comprendre, d’en parler et de la transmettre. C’est en tout cas le sentiment qui m’a traversé après avoir pris conscience que j’étais désormais lié à ce devoir ». Un sentiment nouveau pour l’artiste qui n’avait auparavant aucune connaissance ni opinion particulière sur l’industrie nucléaire. Son objet est une capsule scellée qui ne s’ouvrira que tous les 40 ans pour une cérémonie de passage entre son possesseur et son successeur. A l’intérieur de la capsule figure un cylindre comportant 2500 petits cubes en relief sculptés. Lors d’une transmission, un de ces petits cubes est gratté à l’aide d’une pointe contenue dans le tube. Au bout de 100 000 ans (2500×40 ans), le tube est lisse et la mémoire est restée. “Bonne chance” est un vœux pour que la transmission se poursuive malgré les aléas. D’ailleurs pourquoi 40 ans quand l’homme vit deux fois plus vieux ? “C’est le cas aujourd’hui dans une civilisation hautement technologique, mais est-ce que cela durera ? Qui dit qu’il n’y aura pas dans quelques centaines ou milliers d’années une décadence affectant la durée de vie ?», explique Bruno Gasser. Cet exercice artistique de mémoire oblige à tenter de penser à tout.

Prix du public : ” Cloud in, cloud out »

L’installation mémoire de Alice et David Bertizzolo pour Cigeo. © A et D. Bertizzolo

LAND ART. Les membres des groupes “mémoire” composés de riverains des sites de l’Andra près du laboratoire Cigeo de Bure (Haute-Marne) mais aussi de la Manche et de l’Aube ont eu un coup de cœur pour ce projet très esthétique. ” Nous avons travaillé sur la récurrence de milliers de petits objets qui au début de l’enfouissement seront autant au-dessus qu’en dessous du sol et seront composés d’une matière comme la pierre qui traverse les siècles » expliquent Alice et David Bertizzolo, artistes actifs dans le “land art”. Leur projet est de construire une œuvre monumentale constituée de milliers de sphères de pierre artificielle, un géopolymère. Une première moitié est enterrée, la deuxième greffée “tel un bijou” à un mât de métal. Ces milliers de tiges sont positionnées à différentes hauteurs et plantés profondément dans le sol. Combien de temps ces tiges peuvent-elles tenir ? “Peu importe, affirme le couple. L’important, c’est la rémanence de ces milliers d’artefacts perdurant dans les couches géologiques ».

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