Cet article a été rédigé par François Chiron, Maître de conférences en écologie, Université Paris Sud – Université Paris-Saclay du site theconversation.com

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Capture d’écran d’une partie de jeu BirdLab. BirdLab, CC BY-NC-ND

L’arrivée de l’hiver est toujours un moment difficile pour les oiseaux. Et tout particulièrement pour certains petits passereaux qui, contrairement aux hirondelles ou aux martinets, n’échapperont pas temporairement au froid en migrant vers des cieux plus cléments.

Nous pouvons les aider à traverser cette période hivernale. Le simple fait de disposer une mangeoire apporte, par exemple, un soutien non négligeable aux oiseaux des jardins, exposés à de nombreuses menaces liées aux activités humaines.

Installer une mangeoire, voilà donc un geste très précieux ; nous vous proposons toutefois d’aller encore un peu plus loin en alliant cette démarche de nourrissage à un véritable apprentissage. Comment ? En participant à BirdLab, un jeu scientifique pour smartphone et tablette conçu en 2014. Ce samedi 16 novembre, la nouvelle et sixième saison sera lancée.

Suivre et reconnaître les oiseaux

Le principe de BirdLab est simple et tout le monde peut y participer.

Commencez par installer dans votre jardin, ou sur votre balcon, deux mangeoires identiques (format « plateau » A4 ou suspendues type « silo ») – achetées dans le commerce ou fabriquées par vous-même.

À l’arrivée des premiers froids, garnissez-les de graines de tournesol. Patientez deux ou trois jours, le temps que les oiseaux aient bien identifié le nouveau « garde-manger ». Évidemment, plus basses seront les températures, plus vos graines sauront attirer les petits affamés. Téléchargez l’application BirdLab sur votre smartphone (ou votre tablette), inscrivez-vous, déclarez votre station de nourrissage et positionnez-vous devant une scène de repas.

Une partie dure 5 minutes. Pendant ce laps de temps, vous devez reproduire sur les deux mangeoires virtuelles affichées à l’écran toutes les allées et venues des oiseaux observés en temps réel. Les 27 espèces les plus courantes sont matérialisées par de petits pictogrammes en bas de l’écran. Le challenge ? Bien identifier les oiseaux en mouvement… et être assez rapide pour n’en rater aucun !

Pour apprendre à les reconnaître – et savoir différencier une mésange charbonnière d’une mésange bleue, un pigeon ramier d’un pigeon biset – des quizz sont proposés. Quelques séances de 5 minutes vous familiariseront rapidement avec la plupart des visiteurs du jardin.

En jouant à BirdLab, on découvre la diversité des espèces qui nous entourent, on apprend leurs noms et l’on peut apprécier aux premières loges leurs passionnants – et parfois surprenants – comportements alimentaires. Certains sont légers, furtifs ; d’autres moins pressés, voire collectifs.

BirdLab représente également une mine d’or pour nous, chercheurs. Après chaque partie, les données sont en effet transmises aux laboratoires du Muséum national d’Histoire naturelle et d’AgroParisTech, stockées puis interrogées à l’aide de puissants outils statistiques.

Observer les oiseaux avec l’application BirdLab (Vigie Nature, 2014).

Un jeu « sérieux » pour la science

Que peuvent bien nous apprendre ces milliers d’informations sur les habitudes alimentaires de nos oiseaux ? Après cinq hivers, plus de 33 000 parties et 620 000 individus enregistrés par plus deux mille participants (dont plus de 50 ont réalisé plus de 100 parties, merci à eux), nous commençons à entrevoir quelques tendances générales.

De grands traits comportementaux, déjà bien connus, ressortent assez nettement, ce qui nous rassure quant à la fiabilité des données récoltées via BirdLab. Par exemple, le rouge-gorge, grand solitaire, ne supporte pas la présence d’un autre, fût-il son congénère ; les chardonnerets élégants et les verdiers d’Europe sont, eux, particulièrement grégaires ; la mésange bleue agressive, etc.

Au-delà de ces constatations attendues, nous aimerions comprendre plus finement les interactions entre différentes espèces fréquentant les mangeoires. Existe-t-il des affinités ? Certaines espèces entrent-elles en compétition pour l’acquisition des graines ?

Cette dernière problématique s’est récemment posée au sujet de la perruche, imposant oiseau originaire d’Afrique et d’Inde, désormais très présente dans toutes les métropoles européennes suite à son introduction par l’homme. Son arrivée soulève de nombreuses inquiétudes quant aux potentielles nuisances, surtout vis-à-vis des autres oiseaux. Or depuis que nous l’avons intégrée au jeu il y a deux ans, les joueurs de BirdLab nous suggèrent un début de réponse plutôt rassurant : au cours des parties, la présence de la perruche sur les mangeoires ne semble globalement pas gêner le comportement alimentaire des autres espèces.

À terme, grâce à toutes ces données récoltées, nous pourrons certainement identifier des réseaux d’interactions des espèces entre elles autour des mangeoires. De telles études s’annoncent passionnantes, d’autant qu’avec l’intensification du nourrissage et la raréfaction des ressources naturelles, les oiseaux passeront probablement de plus en plus de temps ensemble. Cette promiscuité nouvelle modifiera-t-elle les interactions au sein des communautés d’oiseaux ?

Un autre axe de recherche concerne les effets du paysage sur la diversité des oiseaux aux mangeoires. Pour l’instant, nous savons que la mangeoire est un excellent reflet de ce qui se passe tout autour. Nous voyons déjà clairement que les mangeoires placées dans des environnements très urbains ou dans des paysages d’agriculture intensive sont appauvris en espèces. Mais nous espérons aller plus loin. Grâce aux suivis des mangeoires, nous cherchons à savoir si un environnement difficile, dépourvu de nourriture, va rendre ou non les oiseaux plus agressifs, plus compétitifs sur la mangeoire.

Mésange huppée. A. Ronning, CC BY-NC-ND

Des données à long terme

On le voit, la base de données BirdLab s’annonce pleine de promesses. Mais, comme pour tous les programmes de sciences participatives, nous avons besoin de données sur le temps long pour faire ressortir des tendances robustes.

C’est pour cette raison que nous appelons tout le monde, jeunes et moins jeunes, familles, débutants et initiés à se mobiliser à partir de ce samedi 16 novembre, jour de lancement de la 6e saison de BirdLab.

Nous n’en doutons pas, vos mangeoires attireront rapidement une multitude de petites ailes battantes et vous assisterez à de joyeuses ripailles. Vous aurez alors jusqu’au 31 mars pour faire le maximum de parties. De quoi égayer votre hiver et celui des oiseaux, tout en participant activement à la recherche scientifique.

Si vous souhaitez plus d’information et échanger avec la communauté des BirdLabeurs, vous pouvez nous rejoindre dans notre groupe Facebook, BirdLab Forum.


Hugo Struna – journaliste et rédacteur du blog de Vigie Nature, un programme de sciences participatives porté par le Muséum national d’histoire naturelle – sont co-auteurs de cet article.

The Conversation

Les recherches de Nicolas Deguines sont financées par une bourse de recherche européenne : BiodivERsA3-2015-104 (BIOVEINS).

Romain Lorrilliere a reçu des financements de BiodivERsA3-2015-104 (BIOVEINS).

Carmen Bessa-Gomes et François Chiron ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

 

 

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