Cet article a été rédigé par Ryan R. Witt, Conjoint Lecturer | Conservation Biology Research Group, University of Newcastle du site theconversation.com

Lire l’article sur le site d’origine

Des milliers de koalas auraient déjà péri dans les incendies qui ravagent depuis septembre 2019 la région de la Nouvelle-Galles du Sud (New South Wales, NSW), en Australie, sans qu’un bilan précis puisse toutefois être établi, précise une récente enquête parlementaire.

Ces incendies sans précédent ont détruit des millions d’hectares de forêt, contraignant des dizaines de milliers de personnes à fuir ; en ce début janvier 2020, un bilan provisoire fait état de 24 morts.

L’habitat des koalas – espèce emblématique sur l’île-continent qui en compte environ 80 000 – est particulièrement frappé par cette catastrophe, de même que des espaces forestiers tropicaux qui avaient été épargnés par les feux depuis très longtemps.

Et ce désastre écologique ne s’arrêtera malheureusement pas une fois les feux éteints : les populations de koalas ayant survécu se verront séparées les unes des autres, avec pour conséquence de réduire leur diversité génétique et de menacer leur survie à long terme.

Pour protéger efficacement cette espèce emblématique, il faut commencer par mettre à l’abri son matériel génétique en le congelant. Ceci pourrait être réalisé grâce à un investissement accru dans le domaine de la cryogénie, une technologie qui se développe rapidement : dès aujourd’hui, les hôpitaux pour koalas pourraient prélever des échantillons sur les animaux qu’ils recueillent, sécurisant ainsi une « ligne de vie » essentielle à toute l’espèce.

Incendies en Australie : « C’est un peu la panique générale sur la côte sud-est », vidéo de France 24 du 2 janvier 2020. (YouTube).

Des incendies toujours plus dévastateurs

En Australie, les saisons des feux commencent désormais plus tôt, durent plus longtemps et deviennent plus intenses, aggravées qu’elles sont par le changement climatique en cours.

Cette saison, le risque s’avère bien supérieur à la moyenne des incendies graves des années précédentes pour une majorité de zones de la côte est de l’Australie où vivent de nombreux koalas.

Dans le cadre de l’enquête parlementaire citée plus haut, les experts ont estimé qu’environ 2 000 koalas pourraient avoir péri dans les flammes ; c’est sans compter les futurs déclins de population causés par la destruction de leur habitat. Des zones jusqu’à présent épargnées par les feux étant désormais menacées, la conservation de l’espèce nécessite de nouvelles approches.

Les koalas sont très vulnérables aux incendies : la chaleur brûle leurs pattes et leur fourrure, l’air surchauffé cause des dommages internes à leurs poumons. Et la canopée des forêts d’eucalyptus, qui constitue leur seul refuge, n’offre aucune protection lors des violents feux de brousse.

À gauche, projections des feux de brousse saisonniers. À droite, distribution des populations de koalas entre janvier 2017 et 2019. Feux de brousse et risques naturels CRC/Atlas of Living Australia

Au-delà de cette menace directe, c’est toute la diversité génétique des populations locales de koalas du sud-est australien qui se trouve menacée lorsqu’un grand nombre d’individus est tué ou gravement blessé.

Dans les mois qui viennent, les koalas dépendront donc fortement des hôpitaux dédiés à la faune sauvage pour assurer leur survie et leur rétablissement après les incendies.

Les petits groupes d’individus épars, vivant à la limite des zones urbaines – comme sur les zones côtières de Port Macquarie et de Port Stephens – sont particulièrement vulnérables.

Port Stephens a ainsi connu, courant 2018, plusieurs incendies ayant ravagé des milliers d’hectares abritant des koalas. Sachant qu’une saison d’incendies tout aussi catastrophique avait eu lieu cinq ans plus tôt.

Si de tels événements se poursuivent au même rythme – ou s’intensifient et se multiplient comme le prévoient les climatologues – nous pourrions perdre d’irremplaçables sources de diversité génétique pour ces animaux. Des réductions brutales de la taille des populations peuvent provoquer des goulots d’étranglement génétique qui conduisent à la consanguinité. Cela impacte la capacité de reproduction et rend l’extinction de l’espèce plus probable.

Prenez la population des koalas de Port Macquarie, par exemple, qui compte entre 1 000 et 2 000 individus. Les scientifiques estiment que la perte de 350 koalas de ce groupe augmenterait la consanguinité de 20 à 50 %. Il faudrait ainsi cinq à dix ans pour que la population se rétablisse… en supposant qu’il n’y ait plus d’incendies durant cette période.

À l’hopital pour koalas de Port Macquarie. (7 News Australia, novembre 2019).

Alors que de nombreux bénévoles et professionnels accomplissent un travail fantastique pour aider les koalas à survivre aux feux, nous n’avons malheureusement aucune stratégie pour sauvegarder efficacement la diversité génétique et réduire ce risque de consanguinité de l’espèce.

Mais nous pouvons nous inspirer des jardins botaniques, qui congèlent régulièrement le matériel génétique d’espèces végétales et les conservent dans des banques de semences. La congélation du sperme, des ovules et des embryons de koalas pourrait offrir un moyen de préserver la diversité génétique et anticiper de nouveaux effondrements de population.


À lire aussi : Ces coffres-forts qui conservent les graines de la planète


La reproduction artificielle n’en est qu’à ses débuts

Aujourd’hui, la reproduction artificielle des koalas – et plus généralement celle des marsupiaux – se développe rapidement. Des scientifiques ont par exemple utilisé du sperme fraîchement recueilli pour inséminer des koalas de zoo, donnant naissance à plusieurs petits.

Mais cette technologie ne permet pas encore de pouvoir congeler, stocker et utiliser les gamètes des koalas. Si des éléments de ce processus existent aujourd’hui, il n’y a pas de système complet pour les marsupiaux. Si une telle possibilité existait, les hôpitaux de koalas pourraient facilement et à peu de frais collecter des échantillons.

Si la Nouvelle-Galles du Sud a beaucoup investi pour la conservation des koalas, un soutien financier à la recherche appliquée pour faire de cette technologie une réalité devient crucial, pour les koalas et plus généralement les marsupiaux.

Dans cette nouvelle ère des incendies hors normes, les koalas sont extrêmement vulnérables. C’est pourquoi il nous faut imaginer et développer des solutions de conservation à long terme, s’appuyant sur de nouvelles technologies capables de déjouer la menace de l’extinction.

The Conversation

Ryan R. Witt a reçu des financements de la Taronga Conservation Society Australia, du Holsworth Wildlife Research Endowment et de la Ecological Society of Australia. Il est membre de l’Alliance FAUNA Research et de la Port Stephens Koala and Wildlife Preservation Society.

Chad T. Beranek est membre de l’Alliance FAUNA Research.

John Clulow a reçu des financements du Australian Research Council, de L’État NSW, d'agences gouvernementales locales et du secteur privé pour ses recherches sur les espèces en danger. Il est membre de l’Alliance FAUNA Research.

John Rodger a reçu des financements du Australian Research Council et du Cooperative Research Centres Program. Il est membre de l’Alliance FAUNA Research.

Lachlan G. Howell est membre de l’Alliance FAUNA Research.

Robert Scanlon a reçu des financements de Glencore and Global Renewables. Il est membre de Intrepid Landcare.

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Postez votre commentaire ici
Entrez votre nom ici