La franc-maçonnerie est-elle une religion parmi d’autres ? Une fois n’est pas coutume, parlons philosophie en abordant cette question qui suscite maints débats et, aussi pas mal d’informations fallacieuses et mensongères, comme celle récemment diffusée par une télévision russe prétendant que de puissants juifs détenaient le remède au coronavirus et attendaient le moment propice pour le commercialiser de manière rentable. La thèse du complot judéo-maçonnique est à nouveau relancée !

La lecture de l’essai La Franc-maçonnerie, une religion parmi d’autres ? de Baudouin Decharneux, maître de recherches du Fonds de la Recherche Scientifique, professeur à l’Université Libre de Bruxelles, philosophe et historien des religions, est une excellente occasion de découvrir des réponses argumentées sous forme d’enquête minutieuse et scientifique.

Il explique : « Massivement dépeinte comme une secte, la franc-maçonnerie fut présentée comme une religion hérétique regroupant ceux ayant pour vocation de ruiner la véritable Église dont on sait que le siège se trouve à un endroit où tous les chemins convergent. »

Dans cet ouvrage édité aux Presses Universitaires de Louvain, maison d’édition de l’université catholique éponyme, c’est dire l’évolution de différentes mentalités malgré l’opprobre du Vatican à l’égard de la franc-maçonnerie, Baudouin Decharneux précise encore : « Nous souhaitons juste questionner deux notions : la franc-maçonnerie et la religion. Elles sont intriquées, parfois fondues ; elles sont opposées, parfois réduites à cette agonistique. Elles sont complexes ; et notre monde contemporain hait la complexité, qui nécessite d’appréhender les choses avec esprit critique et mise en perspective. »

Ce qu’il fait ! Après avoir rappelé que « la franc-maçonnerie fut la corporation du métier de la pierre » qui évolua vers la franc-maçonnerie spéculative, que la « Bible est au cœur de l’aventure initiatique » avec, entre autres, la légende d’Hiram, qu’il y eut l’héritage des Lumières, les débats autour du fameux Grand Architecte de l’Univers et la fracture religieuse, il émet une comparaison qu’il me plaît de souligner en guise de conclusion et en réponse aux « cherchants de vérité » sérieux, mais aussi aux conspirationnistes : « Le compagnonnage est aujourd’hui une des dernières écoles permettant à un homme de se perfectionner, de devenir meilleur, sans miser tout sur la possession fétichiste de papiers nommés diplômes ou sur la rentabilité d’autres papiers appelés billets de banque. Contre vents et marées, les Compagnons poursuivent leur quête d’unité entre l’agir et l’être. La franc-maçonnerie poursuit la même quête dans un registre plus intellectuel. »

En ces temps de confinement et de fermeture des librairies, cet ouvrage est disponible en pdf : https://pul.uclouvain.be/book/?GCOI=29303100660020

Musique : Michaël Mathy