Cet article a été rédigé par Vanessa Forti, Programme Associate at UNU-Vie-SCYCLE., United Nations University du site theconversation.com

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Chaque année, le volume total d’équipements électriques et électroniques que l’on utilise dans le monde augmente de 2,5 millions de tonnes. Téléphones, radios, jouets, ordinateurs – s’ils disposent d’une alimentation électrique ou d’une batterie, ils rejoindront une montagne croissante de « déchets électroniques » après utilisation.

Rien qu’en 2019, le monde en a généré 53,6 millions de tonnes. Ce qui représente 7,3 kilogrammes par personne et l’équivalent en poids de 350 bateaux de croisière. L’Asie a produit la part du lion – 24,9 millions de tonnes – suivie par l’Amérique (13,1) et l’Europe (12), tandis que l’Afrique et l’Océanie en ont généré respectivement 2,9 et 0,7 million.

D’ici à 2030, cette masse annuelle planétaire devrait atteindre les 74,7 millions de tonnes. En seulement 16 ans, elle aura donc presque doublé. Ce qui en fait le flux de déchets domestiques à la croissance la plus rapide au monde, alimentée principalement par le fait que davantage de personnes achètent des produits électroniques ayant un cycle de vie plus court et offrant moins de possibilités de réparation.

Les produits électriques et électroniques mis au rebut constituent le flux de déchets domestiques qui connaît la croissance la plus rapide au monde. UNU/Unitar Scycle/Yassyn Sidki

Ces produits contribuent à améliorer les conditions de vie, et il est bon que de plus en plus de gens aient les moyens de les acquérir. Mais la demande mondiale en flèche outrepasse désormais notre capacité à les recycler et à les détruire en toute sécurité. Une fois obsolètes et délaissés, ces objets finissent en partie par s’accumuler dans l’environnement, polluant les habitats et nuisant à la faune et aux personnes.

L’Europe meilleure élève en matière de recyclage

Seuls 17,4 % des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) de 2019 ont formellement été collectés et recyclés. Depuis 2014, le volume recyclé n’a progressé que de 1,8 million de tonnes par an. La quantité totale de déchets générés a augmenté quant à elle de 9,2 millions de tonnes sur la même période. Au même moment, le volume de DEEE non documentés s’est accru.

Dans une nouvelle recherche, nous avons établi que l’Europe dispose du meilleur taux de collecte et de recyclage, puisqu’il couvre environ 42,5 % du total de déchets électroniques générés en 2019. L’Asie apparaît en second avec 11,7 %, les Amériques et l’Océanie affichent un taux proche de 9,4 % et 8,8 %, et l’Afrique recense le taux le plus bas, de 0,9 %. Ce qui se passe avec les 82,6 % restants n’est pas clair.

Dans les pays à forts revenus, environ 8 % des DEEE semblent jetés dans la poubelle de déchets, tandis que 7 à 20 % sont exportés. Dans les pays à faibles revenus, le panorama est plus flou, puisque ces déchets sont principalement gérés de façon informelle.

Comment le monde a géré ses déchets électriques et électroniques en 2019. UNU/Unitar Scycle/Nienke Haccoû

Une menace sanitaire et environnementale

Sans un système fiable de gestion des déchets, les substances toxiques contenues dans les objets électroniques comme le mercure, les retardateurs de flamme bromés, les chlorofluorocarbures et les hydrochlorofluorocarbures sont plus susceptibles d’être libérées dans l’environnement et de nuire aux personnes qui vivent, travaillent et jouent dans les « parcs à ferraille » où ils atterrissent.

Le mercure est présent dans les écrans d’ordinateur et les éclairages fluorescents, mais l’exposition à cette substance peut provoquer des lésions cérébrales. Nous avons estimé que ces flux non documentés de déchets électroniques en contiennent environ 50 tonnes, rejetées dans la nature chaque année.

Les DEEE ne constituent pas seulement un risque sanitaire. Ils contribuent aussi directement au réchauffement climatique. Les équipements d’échange de température mis au rebut, que l’on trouve dans les réfrigérateurs et les climatiseurs, libèrent lentement des gaz à effet de serre. On estime qu’environ 98 millions de tonnes s’échappent des parcs à ferraille chaque année, soit 0,3 % des émissions mondiales du secteur de l’énergie.

Une opportunité économique négligée

Hormis ces toxines, les déchets électroniques contiennent aussi de précieux métaux et matières premières très utiles comme l’or, l’argent, le cuivre et le platine. La valeur totale de tous ces composants a été évaluée pour l’année 2019 (de façon approximative) à 57 milliards de dollars (48 milliards d’euros) – une somme supérieure au PIB de la plupart des pays.

Mais tandis que seuls 17,4 % des DEEE ont été collectés et recyclés en 2019, seuls 10 milliards de dollars ont été récupérés d’une façon responsable sur le plan environnemental. Seules 4 millions de tonnes de matières premières disponibles au recyclage.

Les déchets électroniques abandonnés ne constituent pas seulement un problème environnemental, ils peuvent aussi représenter une opportunité économique. UNU/Unitar Scycle/Yassyn Sidki

Heureusement, le monde s’éveille lentement à l’ampleur du problème. À la fin 2019, 78 pays couvrant 71 % de la population mondiale disposaient d’une politique de gestion de ce type de déchets ou étaient en train d’en mettre une en place – une augmentation de 5 % par rapport à 2017. Mais dans nombre de ces pays, les politiques ne sont toujours pas juridiquement contraignantes et la réglementation n’est pas appliquée.

Les gouvernements du monde entier promulguent de nouvelles lois pour mieux gérer les déchets électroniques. UNU/Unitar Scycle/Nienke Haccoû

En tant que chercheurs, nous continuerons à surveiller l’évolution des déchets électroniques dans le monde pour accompagner la création d’une économie circulaire et de sociétés plus durables. Nous espérons que nos efforts pour évaluer ce problème grandissant inciteront les gouvernements à agir aussi rapidement que le défi l’exige, en adoptant et en mettant en œuvre des lois qui augmentent drastiquement la proportion de déchets recyclés en toute sécurité.


Cet article a été traduit de l’anglais par Nolwenn Jaumouillé.

The Conversation

Vanessa Forti est membre de la United Nations University (UNU) / United Nations International Training and Research (UNITAR) – SCYCLE.

 

 

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