Cet article a été rédigé par Gireesh Shrimali, Precourt Scholar, Stanford University du site theconversation.com

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Face à des incendies comme ceux qui ravagent actuellement la Californie, il existe pour les communautés locales de multiples façons de se préparer. Mais s’assurer contre ce risque majeur demeure hors de portée pour la plupart d’entre elles.

Après les feux de 2018, on estime à 350 000 le nombre de Californiens qui n’ont pas pu obtenir d’assurance dommages, laquelle couvre les incendies.

Au cours des dernières années, les primes ont considérablement augmenté – en général de 300 à 500 %. Et dans la plupart des zones à haut risque, les assureurs choisissent de plus en plus souvent de ne pas renouveler leur couverture.

Depuis quatre ans, les assureurs ont perdu plus de 340 000 assurés dans les zones sujettes aux incendies. Les propriétaires qui ne parviennent pas à obtenir une protection privée face à ce risque doivent se contenter du California’s FAIR plan, un pool d’assureurs soutenu par l’État qui fournit une couverture de base à un prix élevé.

Mes recherches se concentrent sur le financement et les politiques en matière d’énergies renouvelables aux États-Unis et dans d’autres pays. L’un des principaux défis pour les projets de développement en énergie est de fixer un prix au risque. C’est également ce que font les assureurs lorsqu’ils réfléchissent à l’opportunité de proposer une couverture et à en définir sa valeur.

Mon travail d’évaluation des risques et du financement m’a poussé à m’intéresser au risque d’incendie et aux façons d’ajuster les polices d’assurance aux menaces qui pèsent dans ce domaine pour la Californie.

Une menace à l’échelle de l’État

Cet État est aujourd’hui confronté au risque d’incendie à très grande échelle. En 2017, les feux ont provoqué 18 milliards de dollars de dommages, dont 13,2 de pertes assurées, 3 milliards d’autres pertes économiques et 1,8 milliard en coûts d’intervention anti-incendies.

L’année suivante, 8527 feux au total ont dévasté 1 893 913 hectares : c’est la surface la plus importante jamais ravagée au cours de la saison des incendies. Le désastreux Camp Fire a engendré 16,5 milliards de dommages, dont 12,5 de pertes non assurées.

Les incendies de Californie en 2018, la saison la plus mortelle et la plus destructrice. CalFire

De multiples phénomènes contribuent à créer les conditions propices à de telles flambées. Le changement climatique a intensifié la sévérité des facteurs climatiques, tout comme les précipitations et les températures. Le recul de l’exploitation forestière et le déboisement ayant laissé davantage de combustible au sol dans les forêts.

Enfin, le développement économique s’étend vers des zones toujours plus risquées. Ces facteurs ont augmenté à la fois les risques d’incendie et les dommages matériels collatéraux.

Défis pour les assureurs

Comment cette évolution pèse-t-elle sur le secteur de l’assurance ?

D’une part, les menaces progressent non seulement du point de vue de leur gravité, mais également de l’incertitude. Les assureurs constatent que les modèles qu’ils utilisent pour estimer le risque de feux ne sont plus efficaces.

Il existe également le risque qu’émerge une tendance que les économistes appellent la « sélection adverse ». Cela survient lorsque les coûts sont répartis entre les primes des clients à faible risque et à haut risque, de sorte que les premiers finissent par subventionner les seconds.

Tandis que les menaces de feux de forêt et les primes d’assurance progressent, seuls les détenteurs de propriétés à haut risque choisiront de payer pour une assurance incendie, tandis que les autres se retireront. À mesure que les propriétaires à faible risque partiront, les primes augmenteront encore pour les propriétaires à haut risque, ce qui aura pour effet d’exclure un plus grand nombre d’entre eux du pool et d’alourdir encore les primes.

En Californie, les assureurs affirment que les maisons disposant autrefois d’une protection adéquate contre les feux disparaissent aujourd’hui dans des incendies majeurs. Source : FOX40 NEWS.

De meilleures prévisions, un marché plus vaste

Pour répondre à ces défis, des modèles plus adéquats pour aider les assureurs à mieux évaluer les risques d’incendie doivent être développés. Ces outils permettraient d’évaluer les dangers de façon plus précise, à la fois dans l’espace et dans le temps.

Par exemple, ils devraient pouvoir identifier spécifiquement les propriétés à risque, et non seulement des ensembles urbains, voire parfois des zones plus vastes. Ils devraient également tenir compte du fait que le changement climatique altère à long terme les schémas météorologiques

Les modèles actuels prévoient le risque d’incendie bien en avance, mais les assureurs ont besoin d’outils qui anticipent les risques à l’instant T. Les modélisateurs commerciaux comme RMS et des starts-up comme Terrafuse, que je conseille, élaborent de tels modèles.

Une autre priorité consiste à identifier s’il existe une demande robuste et garantie pour les assurances incendie, afin d’attirer des assureurs privés sur le marché. Pour cela, il serait envisageable d’exiger de tous les propriétaires d’un logement dans l’État de Californie qu’ils détiennent une telle couverture. Cette règle résoudrait le problème de la sélection adverse, tout comme le mandat individuel de l’Affordable Care Act, conçu pour garantir que les Américains en bonne santé participent au marché de l’assurance maladie.

Cette étape impliquerait par exemple de distinguer l’assurance contre les incendies de forêt de l’assurance générale des biens, qui couvre souvent l’incendiel’assurance contre les inondations, puis d’obliger tous les résidents de Californie à souscrire une assurance contre les incendies de forêt.

Des primes plus élevées dans les zones risquées

Un mandat d’assurance universel doit être combiné à une tarification basée sur le risque, afin que les primes reflètent adéquatement la probabilité d’incendie. Cette approche implique que les propriétaires paient plus cher leur assurance dans les zones où le risque d’incendie est le plus fort, tels les quartiers adjacents aux forêts.

Fixer le prix de la couverture de cette manière est important pour éviter les échecs du Programme d’assurance nationale contre les inondations, qui n’a adopté une tarification entièrement basée sur le risque qu’en 2019.

En offrant une assurance inondation soutenue par le gouvernement fédéral pendant des décennies sans tenir compte du risque, on a incité les propriétaires à construire des propriétés dans des zones à haut risque, espérant que l’assurance inondation couvrirait leurs frais de reconstruction s’ils subissaient des dommages dus à des tempêtes.

Une autre exigence essentielle, également inspirée par les défauts du programme d’assurance contre les inondations, est de faire de FAIR l’assureur en dernier recours. En d’autres termes, les gens ne pourraient contracter une couverture auprès de ce programme que si aucune autre option n’est abordable. Cela éviterait d’évincer les assureurs privés.

Par ailleurs, certains lotissements occupés par des personnes à faibles revenus sont situés dans des zones à haut risque, notamment là où les incendies ont progressé ces dernières années. Pour ces propriétaires, les primes demeurent inabordables. Dans de tels cas, des subventions d’assurance fondées sur le revenu apparaissent nécessaires.

Ces propositions aideraient de mon point de vue les autorités californiennes à garantir que l’assurance incendie soit universellement disponible, au prix le plus bas possible, en utilisant les ressources publiques de telle sorte que cela n’évince pas le secteur privé. L’assurance ne constitue pas un substitut aux politiques de prévention des incendies ou aux investissements dans la lutte contre les feux, mais elle constitue un outil nécessaire pour gérer les graves risques de feux de forêt dans l’État californien.

The Conversation

Gireesh Shrimali conseille Terrafuse, une start-up qui développe des systèmes d’intelligence artificielle pour la prévision des risques météorologiques et climatiques.

 

 

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