L’homme qui court découvre le monde. Il recherche les limites de ce qu’il peut voir, écouter ressentir. Pour agir, le coureur sollicite en lui-même toutes les ressources et toute l’énergie nécessaires à l’accélération de son rythme. L’homme qui court, pour aller loin, ménage cependant sa monture. Ce qu’il faut avant tout, c’est tenir le plus longtemps possible… pour aller, le plus loin possible. C’est ça le plaisir du coureur, d’où naîtra du bonheur, de la rencontre finalement.

Il ne s’agit pas de courir pour dépasser un autre coureur. C’est juste notre corps, notre rythme respiratoire et cardiaque qui accélère en côtoyant ses limites au plus près.

Mais voici les jeux du stade qui propose l’égalité d’une piste identique à tous les coureurs, dans le but de rendre les coureurs parfaitement inégaux puisqu’il y aura un premier et un dernier.

Il s’agit maintenant de courir plus vite que l’autre, sans doute beaucoup plus vite que soi-même !

On sollicite alors des ressources extérieures, un médicament, un expert, un moteur plus puissant. Ce qui vient de changer c’est l’autre, notre compagnon de course, celui que l’on croisait parfois et que l’on saluait généreusement, joyeusement. Celui-là même notre compagnon devient soudain un concurrent.

La concurrence est un modèle, elle devient la référence. Il faudra gonfler les CV, se montrer puissant. On sollicitera l’expert, le spécialiste qui peu à peu deviendront les complices objectifs de cette course folle. Car toutes ces personnes compétentes agissent de même, sous la force d’une concurrence acharnée entre elles. Alors bien entendu, il faudra toujours plus d’énergies nouvelles… en plus car dans la compétition, moins cela veut dire tout simplement, looser !

On se regarde avec méfiance. Ce n’est plus l’envie de l’autre qui nous porte vers lui. C’est le besoin de ce qu’il nous donnera… pour nous permettre de courir plus vite que lui. Paradoxal, non ?

Si cet autre décide de ne plus nous servir, alors que nous avons besoin de lui, il se prépare à devenir notre ennemi.

Mais arrêtons-nous un court instant, si vous le permettez. Asseyons-nous dans l’herbe fraîche. Je vous propose de laisser les coureurs nous dépasser. Ca fera une occasion de les applaudir. Peut-être même que pour nous remercier, ils s’arrêteront un peu de courir pour venir nous serrer la main.

Guillaume Bresnet (JLB, ici17 )

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