En 2008 Olivier de Schutter a été nommé Rapporteur Spécial sur le droit à l’alimentation par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Il est indépendant de tout gouvernement et de toute organisation. Une raison suffisante pour nous intéresser cette semaine à ses travaux sur l’agroécologie.

Depuis plusieurs années il parcoure le monde et appelle les Etats à entamer un virage fondamental en faveur de l’agroécologie comme moyen de répondre aux défis alimentaires, climatiques et de pauvreté.

Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), en 2012 «un milliard d’hommes, de femmes et d’enfants souffrent de sous-alimentation chronique et la malnutrition tue environ 30.000 personnes par jour dans le monde ».

Le 8 mars 2011 le Rapporteur spécial présentait son rapport Agroécologie et droit à l’alimentation devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Fondé sur l’examen approfondi des plus récentes recherches scientifiques, ce rapport démontre que l’agroécologie peut doubler la production alimentaire de régions entières en 10 ans tout en réduisant la pauvreté rurale et en apportant des solutions au changement climatique.

Dans son rapport l’expert affirme que « L’agriculture conventionnelle, qui repose sur des intrants coûteux et n’est pas résiliente aux chocs climatiques, n’est tout simplement plus le meilleur choix pour l’avenir ». Les preuves scientifiques actuelles démontrent que « les méthodes agroécologiques sont plus efficaces que le recours aux engrais chimiques pour stimuler la production alimentaire dans les régions difficiles où se concentre la faim. »

On apprend également que les projets agroécologiques menés en Indonésie, au Vietnam ou encore au Bangladesh ont réduit de 92% l’utilisation d’insecticides pour le riz, permettant aux agriculteurs pauvres de faire d’importantes économies financières.

Et l’approche gagne du terrain dans les pays africains surtout mais aussi les pays développés comme les États-Unis, l’Allemagne ou la France. Pourtant Olivier De Schutter constate qu’« en dépit de son incroyable potentiel dans la réalisation du droit à l’alimentation, l’agroécologie est encore insuffisamment soutenue par des politiques publiques ambitieuses, et peine donc encore à dépasser le stade expérimental ».

Le Rapporteur de l’ONU encourage des politiques publiques qui soutiennent la recherche participative et la vulgarisation agricole, car « les entreprises privées n’investiront ni leur temps ni leur argent dans des pratiques qui ne peuvent être récompensées par des brevets et qui n’ouvrent pas de marchés pour des produits chimiques ou des semences améliorées.»

La question est donc profondément politique. Pour l’expert, soutenir l’organisation sociale a autant d’impact que la distribution d’engrais. « Lorsqu’ils travaillent ensemble, les paysans et les scientifiques sont une source importante de pratiques innovantes ».

« On définit trop la question de la faim comme un problème technique. On a oublié que c’était aussi une question de justice sociale », conclut l’expert de l’ONU dans son rapport.

Vous pouvez écouter cette chronique sur www.frequenceterre.com

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