11:20 - mercredi octobre 18, 2017

Guyane : l’aberration d’une méga mine d’or

Lu 8115 fois Philippe Boury 0 respond
© Conservatoire d’espaces naturels de Guyane

Monde Solidaire est en Guyane cette semaine. Le département au cœur de l’actualité avec une situation sociale et économique est des plus préoccupantes.

Santé, éducation, emploi, sécurité, mais aussi situation sanitaire sont au cœur des revendications… Les questions de l’eau et de l’environnement sont  entre autres très problématiques. 18 organisations, dont France Libertés, pointent, depuis déjà pas mal de temps, un projet de méga mine d’or, baptisé « Montagne d’or », qui doit démarrer en 2018.

Qu’est-ce exactement que ce projet « Montagne d’or » ?

« C’est un projet de mine d’or, à l’échelle industrielle. Si cette mine voyait le jour, ce serait la plus grande à ciel ouvert jamais exploitée en France. Pour l’ensemble des associations mobilisées, c’est vraiment un cas emblématique de ce que l’on appelle l’extractivisme, cette volonté d’exploiter de manière effrénée les ressources naturelles. Dans ce contexte guyanais, on est dans la partie amazonienne avec une mine qui se situe entre deux réserves intégrales de biodiversité que sont Lucifer et Dékou-Dékou. Ce projet est une aberration. Pour montrer le gigantisme, il faut imaginer le creusement d’une fosse de 2,5 kilomètres de long, 500 mètres de large, 400 mètres de profondeur. Une fois terminée, la fosse pourra accueillir l’équivalent de 32 Stades de France. On est sur un volume de déchets miniers de 400 millions de mètres cubes, soit cinq Dunes du Pilat. Et pour obtenir 1,5 grammes d’or, il faudra extraire une tonne de roche. Cette roche est ensuite transformée en déchet stérile. Au niveau des besoins énergétiques, c’est encore colossal, avec l’équivalent de 20% de la consommation annuelle de la Guyane ou 100% de la ville de Cayenne, uniquement pour une mine d’or. »

© France Libertés

Le côté économique et social du projet est à prendre en compte. Quel est son impact, sur les populations ? Qu’est-ce qu’il met en péril ?

« Il met en péril l’équilibre du mode de vie des populations qui va probablement être bouleversé. S’il ne l’est pas par un accident au départ, il le sera au moins lors de la construction avec le passage de camions, la construction de routes… L’argument que l’on a souvent entendu de la part des politiques et des industriels, c’est que l’entreprise promet des emplois, 1 000 en phase de construction, 800 en phase d’exploitation. Il faut rappeler que l’exploitation ne sera que de treize ans. Selon nous, on peut revoir ces estimations à la baisse quand on compare avec ce qui s’est fait à l’échelle mondiale. On peut aussi questionner le nombre d’emplois qui seront vraiment locaux. L’entreprise s’engage à 90% d’emplois locaux, mais dit que ce ne sera pas effectif au départ, qu’il faudra un temps de formation. Cela permet de relativiser cette promesse d’emplois. Est-ce qu’il ne serait pas plus pertinent de créer de l’emploi dans le secteur de la biodiversité, sa protection, sa mise en valeur, dans le tourisme. Au-delà de la question de l’emploi, il y a celle de la consultation publique, du débat public. Il y en a eu très peu. Est-ce que oui ou non la population a envie de ce projet minier ? C’est un problème majeur de démocratie. On est avec des populations locales autochtones qui, d’après la loi française, sont censées être consultées. Elles ne l’ont pas été. C’est un problème de violation de droit. Il faut aussi rappeler qu’il y a presque 30% des violations des droits de l’homme qui sont liées à des activités extractives. Donc on peut s’attendre à ce genre de conséquences en Guyane, sur le droit à l’eau, à l’environnement ou la criminalisation des personnes qui pourraient s’opposer à ce projet industriel. »

Dans le contexte social actuel,  les conséquences de ce projet sont-elles prises en compte ? Quelle est la mobilisation sur place ?

« Les organisations qui sont mobilisées en Guyane sur le projet Montagne d’Or essaient de faire monter la question auprès de la Préfecture. Elles ont remis leurs revendications le 25 mars avec la volonté d’interroger sur l’intérêt de cette mine d’or dans le cadre de la mobilisation sur l’avenir de la Guyane. Est-ce qu’on ne peut pas créer de l’emploi ailleurs ? Est-ce que l’Etat français pourrait respecter les réglementations en termes de consultation ? Il y a la volonté pour les associations nationales qui se mobilisent de mettre en question ces choix industriels et économiques. »

La semaine prochaine nous reviendrons sur la mobilisation autour de ce projet de mine d’or et sur son impact environnemental.

Pour aller plus loin :

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.
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