5:38 - jeudi octobre 19, 2017

Stevia : le temps de la négociation avec Coca-Cola

Lu 4179 fois Philippe Boury 0 respond
© Keystone, Florian Kopp

Près de 290 000 personnes ont signé la pétition afin que Coca-Cola cesse ses pratiques de biopiraterie, notamment en commercialisant la Stevia, une plante aux propriétés édulcorantes, découverte il y a des siècles par les Guaranis.

Initiée par France Libertés, avec trois autres associations, cette campagne de signature souhaitait rendre justice aux peuples autochtones détenteurs de savoirs ancestraux.

Qu’est-ce qui était demandé à Coca-Cola au travers de cette pétition ?

« On a lancé cette pétition avec SumOfUs, Stevia Schweiz et Public Eye pour demander à Coca-Cola, et à travers elle à toutes les entreprises qui utilisent de la Stevia, de rendre justice aux Guaranis qui ont découvert les propriétés sucrantes de la plante Stevia. Au regard du droit international, ces entreprises sont censées partager les bénéfices qu’elles réalisent en utilisant leurs savoirs. »

La pétition a été remise à Coca-Cola le 7 juin dernier. Quel accueil a-t-elle reçu ?

« Pour nous, le fait que Coca-Cola nous propose ce rendez-vous, c’est déjà une réussite et un dialogue constructif qui s’engage. Depuis le début de notre campagne, nous étions en lien avec Coca-Cola. Nous échangions par courrier et les réponses n’étaient pas très positives. Elles étaient assez peu en lien avec la biopiraterie mais plus sur des enjeux d’agriculture. Les enjeux n’étaient pas vraiment bien compris de leur part. Lors de ce rendez-vous, on a pu leur expliquer les enjeux autour de cette question de biopiraterie. Maintenant, les enjeux sont compris et un dialogue a été ouvert. Lors de la rencontre, Coca-Cola a invité International Stevia Council, qui est la plateforme au niveau international qui promeut la Stevia pour les entreprises. Pour le moment, il n’y a pas d’engagement de la part de Coca-Cola. Mais Coca-Cola France a les cartes en mains et va vers Coca-Cola Compagny, le siège, pour les informer et voir quelle décision prendre. On attend leur retour. On reste assez confiant. »

Un représentant de SumOfUs, Marion Veber de France Libertés, et un représentant de Public Eye – © France Libertés

Coca-Cola n’est pas la seule entreprise à tirer des bénéfices de la Stevia. Le dialogue est plus avancé avec ces autres entreprises ?

« La pétition ciblait Coca-Cola parce qu’effectivement c’est l’un des principaux utilisateurs de la Stevia et que le produit Coca Life est connu de tous. Mais derrière Coca, il y a plein d’autres entreprises telles que Nestlé, Carrefour, Casino ou Uni Lever qui utilisent de la Stevia et avec lesquels on dialogue, depuis le début de la campagne, pour leur expliquer les enjeux et voir dans quelle mesure elles sont prêtes à entrer en négociation. On a des entreprises qui se positionnent pour le respect des principes de droits internationaux et pour un potentiel partage. Pour le moment il n’y a pas d’engagement concret, parce qu’il faut que chaque entreprise identifie quels produits sont concernés, comment les négociations pourraient se passer, le poids que cela représente en terme financier pour elles. Il y a des entreprises qui sont déjà dans une démarche avancée. Ce que nous voulions avec Coca-Cola, c’est qu’ils s’inscrivent dans cette même démarche et rejoigne ce petit groupe d’entreprises pionnières. »

Les Guaranis peuvent-ils espérer quelque chose de concret suite à ces démarches ?

« On tient informés les Guaranis des actions en Europe. Ils sont ravis du succès de la pétition car cela permet au grand public de faire connaître la Stevia, leur peuple, leurs problématiques et la question de la biopiraterie. Cela commence à être connu, d’autant qu’il y a eu la loi biodiversité en France. Il y a un contexte qui est favorable à ces questions-là. On reste prudent sur les résultats concrets, mais il y a une dynamique positive. Il faut être clair que les partages des avantages ne vont pas se faire dans un futur très proche. Cela prend du temps, du côté des entreprises, pour réfléchir à ces questions de négociations, et du côté des Guaranis qui sont encore en train de s’organiser pour défendre leurs droits. Il se réunissent régulièrement pour discuter de la Stevia et de la biopiraterie. Nous, nous essayons d’appuyer pour qu’ils puissent réaliser un protocole communautaire, un document écrit dans lequel ils poseraient clairement leurs conditions de négociations. Cela prend du temps car les Guaranis sont nombreux et éparpillés sur la frontière Brésil-Paraguay. Il y en a pour un an. Mais la dynamique est positive. »

© DB / Clerici Partner Design

La pétition Share Stevia est toujours accessible sur le site de France Libertés, où vous retrouverez la suite de cette campagne pour la reconnaissance des droits des peuples autochtones.

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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