1:17 - dimanche novembre 19, 2017

Montagne d’Or : un désastre annoncé pour la Guyane

Lu 3577 fois Philippe Boury 0 respond
© Collectif Or de question

La Montagne d’Or. Une dénomination flatteuse pour réalité dévastatrice pour la Guyane. C’est en fait un projet de mine d’or, à l’échelle industrielle.

Si cette mine voyait le jour, ce serait la plus grande à ciel ouvert jamais exploitée en France, et un désastre programmé pour la Guyane. Derrière ce projet titanesque se trouvent deux entreprises, une canadienne et une russe, et un blanc-seing : celui du gouvernement français. 18 organisations, dont France Libertés, se mobilisent depuis de nombreux mois pour démontrer l’aberration d’un tel projet. Marion Veber, chargée de mission droit des peuples à la Fondation France Libertés, et Emmanuel Poilane, son directeur, se sont rendus au mois de septembre en Guyane pour rencontrer les associations locales.

Quels sont les risques que fait peser ce projet de mine d’or ?

 

« On est dans le gigantisme. Les impacts sur l’environnement sont nombreux. Il y a la quantité des déchets miniers qui peuvent entrainer du drainage minier acide, donc des pollutions massives des eaux et des écosystèmes. Il y a le risque de la rupture des barrages de ces déchets miniers. Et il y a la question de l’impact climatique, avec une augmentation de la consommation électrique du fait de la mine qui consommerait 100% de l’électricité actuellement consommée par la ville de Cayenne. Cela nécessiterait des besoins énergétiques colossaux avec une pollution atmosphérique très forte, générée par les aller-retours des méga camions, mais aussi des déforestations. »

Il y a des risques environnementaux, mais aussi des risques humains.

« Sur les droits de l’homme, à partir du moment où les écosystèmes sont mis à mal, on peut craindre une atteinte au droit à l’environnement sain. Il y a un impact particulier pour les populations autochtones qui ont des territoires de chasse et de subsistance aux alentours. Il y a aussi un impact sur le droit à l’eau de l’ensemble de la population de la Guyane s’il y avait une catastrophe telle qu’une rupture de barrage de déchet minier. Et comme souvent dans les projets miniers, il y a un grand risque pour les droits des travailleurs et notamment par la criminalisation de ceux qui vont s’opposer à la mine. C’est tout un cortège de bouleversements environnementaux, sociaux, économiques qui découleront de cette mine. »

© France Libertés

Quels arguments avancent les promoteurs de cette mine d’or, pour en justifier la réalisation ?

« L’emploi. C’est vraiment l’argument majeur avancé par les promoteurs et les politiques guyanais qui sont pour la majorité en faveur de ce projet. Il faut savoir qu’en Guyane il y a un très gros problème de chômage, en particulier chez les moins de 25 ans avec 40% de chômage. L’entreprise promet 1 000 emplois en phase de construction, et 800 durant l’exploitation. C’est donc perçu comme étant très bénéfique. Sauf que l’on est frappé de voir que le seul arbitrage est d’ordre économique. Si on rapporte ces emplois à la population locale, ils sont assez fables. Et on est très sceptique sur le fait que ces emplois soient locaux. L’entreprise affiche un objectif de 80% d’emplois locaux. Ce que l’on constate sur les projets miniers sur lesquels on a travaillé, c’est que c’est très rare d’atteindre un tel taux d’emplois locaux. En Nouvelle-Calédonie, on est sur 90% d’emplois non locaux. Cela met en question cet argument de l’emploi qui créé une dépendance de la population vis-à-vis de projets du passé, sur des ressources qui sont non-renouvelables, qui vont s’épuiser, qui ne sont pas des filières d’avenir et qui vont créer une nouvelle forme de dépendance de la population vis-à-vis de compagnies minières étrangères. »

Au mois de septembre, France Libertés a pu rencontrer les associations locales et les populations qui sont très déterminées à se faire entendre.

« Le collectif Or de question est très mobilisé pour faire connaitre tous les tenants et les aboutissants de ce projet au niveau de la population, car il y a un gros problème d’information sur place. Ils sont très investis pour mener à bien des conférences. Lorsqu’on y était, ils ont organisé un grand meeting pour faire venir des gens qui ne sont pas à priori intéressés par cette question mais qui pourront se faire leur avis. Ce qui est important pour nous, c’est que les organisations autochtones sont très mobilisées, y compris la jeunesse, qui a d’ailleurs crée un mouvement qui essaie d’informer les populations autochtones. Les chefs coutumiers se sont positionnés contre ce projet, en août, mais aussi les organsinions de défense des droits des peuples autochtones qui revendiquent leur rapport à la nature, le besoin de protéger cette forêt amazonienne. Nous, on essaie d’éclairer ces questions-là au niveau de la métropole. »

Première étape d’un dialogue qui semble s’ouvrir : un débat public est prévu sur cette mine d’or en Guyane. Nous en reparlerons la semaine prochaine.

 

Pour aller plus loin :

 

 

The following two tabs change content below.
Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

Pour l’interdiction des concours de chasse sous-marine !

Ayurvéda pour tous ! de Stéphanie Marie (Albin Michel)

Suggestions
Vous souhaitez réagir ?
Leave a Reply