11:07 - mardi décembre 12, 2017

Eau et climat : les initiatives locales oubliées de la COP23

Lu 952 fois Philippe Boury 0 respond
© France Libertés

La COP23, qui vient de se tenir à Bonn, en Allemagne, devait être une étape importante dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat. En 2015, lors de la COP21, les Etats s’étaient alors engagés à contenir le réchauffement climatique en deçà des deux degrés d’ici 2100. Mais pour beaucoup de scientifiques, bientôt, il sera trop tard. Et la société civile, présente à Bonn, s’avoue très sceptique.

Avec Perrine Bouteloup, volontaire « Eau et climat » à la Fondation France Libertés.

Quels étaient les enjeux de cette 23e conférence des parties sur le climat ?

« Cette COP23 était une COP de transition. Ses objectifs étaient, comme ceux de la COP22, de définir les règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris. De cette COP23 était attendu de définir le fonctionnement et l’application de l’Accord de Paris et de préparer le terrain pour 2018 avec la mise en place du dialogue de Talanoa. Il s’agit d’un dialogue de facilitation permettant de faire un bilan des actions menées jusqu’en 2018 par les Etats et de préparer le renforcement des engagements climatiques qui arriveront d’ici 2020. »

Il n’y a pas que les Etats qui ont droit de parole lors de ces COP, ces conférences des parties. La société civile a aussi son mot à dire. France Libertés était présente à Bonn. Même s’il est trop tôt pour dresser un bilan, est-ce que vous avez perçu des avancées durant cette conférence à votre niveau ?

« On a pu avoir des retours sur les premières négociations qui ont permis de développer le dialogue de Talanoa et de dessiner les grands principes d’application de l‘Accord de Paris. Mais en revanche, il y a eu des gros blocages au niveau des financements. Un des objectifs de la COP était de renforcer la confiance entre les pays du sud et les pays du nord pour mettre en place des fonds d’adaptation permettant aux pays du sud de s’adapter aux conséquences du changement climatique. A ce niveau-là, la confiance a été très difficile à mettre en place et n’a pas beaucoup avancée, comparé aux dernières COP. »

Dans quel cadre la Fondation est intervenue et avec quel message ?

« La Fondation s’est mobilisée pour la journée d’action pour l’eau, dont l’objectif était de tirer parti des progrès réalisés pour intégrer l’eau dans le programme de l’action climatique au niveau mondial. Notre volonté était de présenter le plaidoyer de la Fondation qui démontre qu’il n’y a pas que les gaz à effet de serre sur lesquels il faut agir. Il faut agir à tous les niveaux et notamment au niveau de l’équilibre du cycle de l’eau. Il permet de lutter contre le changement climatique et contre ses conséquences, mais aussi de restaurer les microclimats, et donc de diminuer les impacts du changement climatique. »

Les liens entre l’eau et le climat sont démontrés. C’est l’un des axes de bataille de France Libertés. A travers le plaidoyer Eau et climat, la Fondation met en avant les alternatives qui existent afin de « rendre l’eau à la Terre pour restaurer le climat ». Exemple, ces oasis recréés en Tunisie, pour combattre la désertification, un projet qui a démarré en 2012.

© Acacia for all

« C’est à l’initiative de Sarah Toumi, une Tunisienne qui a mis en place une association, Acacia for all. En 2012, elle a lancé le projet de combattre la désertification en recréant des oasis dans le désert. L’idée est de restaurer l’environnement, favoriser la vie des habitants dans ces régions et relancer l’agriculture. Ce projet passe par une étape de reforestation, en replantant des acacias qui ont la particularité de pouvoir aller puiser l’eau très profond, mais aussi de pouvoir la redistribuer à un niveau un peu plus superficiel. Ils alimentent donc en eau et en nutriment les plantes et les végétaux alentours. L’avantage du projet permet de maintenir l’eau dans le sol et de le restructurer. Cela récrée ainsi un microclimat qui permet de conserver l’eau qui tombe beaucoup plus facilement et plus longtemps. L’agriculture est relancée, l’environnement est préservé, et le cycle de l’eau est restauré en permettant l’infiltration et l’évapotranspiration au niveau local. »

Accacia for all / TV5 Monde

Autre exemple, au Pérou cette fois, où France Libertés met en avant un projet qui souhaite remettre au goût du jour une ancienne méthode de gestion des eaux de pluie.

« Cela se passe à Lima, où on a un climat assez rude et avec une alternance d’épisodes de sécheresse et d’inondations. Historiquement, les indiens de l’association Hidraulica Inca se sont penchés sur les techniques de gestion d’eau et sont tombés sur le système imaginés par les Hari, une civilisation pré-Incas. Ils avaient développé un système hydraulique, les amunas, qui permettait de récolter l’eau de pluie dans les hauteurs. Ils installaient des canaux perméables à ciel ouvert qui favorisait l’infiltration de l’eau dans le sol en suivant les courbes de niveau. L’eau de pluie en excès allait directement dans des bassins de rétention plus bas. L’eau était stockée jusqu’à la période sèche pour alimenter Lima en eau. Cela permettait à la fois de limiter les inondations lors des périodes de fortes pluies et de pallier à la sécheresse quand elle avait lieu. »

Les Amunas

Toutes ces initiatives ont valeurs d’exemple. Elles sont transposables ailleurs. Face à ces actions concrètes, l’impression reste que les Etats n’avancent que très peu… Les scientifiques sont d’ailleurs très pessimistes sur le respect de l’Accord de Paris. Que peut-on attendre, aujourd’hui, après les négociations de Bonn et des promesses pour les suivantes ?

« Ce qu’on peut espérer c’est que les négociations continuent d’avancer et que l’Accord de Paris se mette réellement en œuvre. Mais il ne faut pas oublier qu’en parallèle des négociations il y a une société civile qui est présente et dense. C’est de ce côté-là qu’il faut espérer que les COP suivantes permettent de continuer à échanger les bonnes pratiques, les alternatives. Il faut que l’on ait connaissance de beaucoup plus de projets existant à l’international. Cela permet d’agir concrètement avec des acteurs locaux pour l’adaptation au changement climatique tout en permettant une atténuation de ses conséquences. »

 

Pour aller plus loin :

 

 

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.
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