9:11 - jeudi avril 19, 2018

2017, une année sombre pour le climat

Lu 2795 fois Philippe Boury 0 respond

Il y a deux ans, lors de la Cop21 qui s’est déroulée à Paris, 195 pays s’étaient engagés à limiter la hausse des températures mondiales à 2°C, d’ici 2100. Deux ans plus tard, les engagements pris par les Etats, s’ils sont respectés, nous porteraient, selon l’ONU, à un réchauffement de 3,2°C à la fin du siècle.

Cette année le président américain Donald Trump a tourné le dos à l’accord de Paris sur le climat pour se réfugier dans les énergies fossiles… Face à lui, le reste de la planète, et l’Europe notamment, tente de faire bonne figure.

Lors du One Planet Summit, le sommet climat organisé par la France à Paris le 12 décembre dernier, Emmanuel Macron a affirmé “On est en train de perdre la bataille”. Il y a vraiment le feu ?

« L’année qui se termine a été jalonnée de tout un tas d’évènements climatiques majeurs. On pense à la série d’ouragans sur l’Atlantique, avec pour la France la destruction de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. Mais de façon plus impactante encore, on pense à tous les dégâts qu’il y a eu sur Houston, tous les incendies qu’il y a eu en Californie, une sécheresse comme rarement vu en France pendant tout l’été… Il y a tout un tas de phénomènes qui nous montrent que le changement climatique c’est maintenant et qu’effectivement, il y a le feu. En 2017, on est dans une année où le phénomène El Nino n’est pas présent. Donc on aurait dû avoir une année plus calme. Cela montre bien que les effets du changement climatique sont maintenant au-delà des évènements climatiques standards et qu’il y a bien ce dérèglement du climat qui est en train de se mettre en place. »

Ce sommet de Paris début décembre, est-ce le début de quelque chose ou un simple show qui ne sert qu’à de l’affichage, une opération de communication ?

 

« Sur un plan technique et sur la mise en œuvre des modalités de lutte contre le changement climatique, on peut dire que c’est un coup de communication. Le lieu pour prendre des décisions, pour avancer tous ensemble sur le changement climatique, c’est la COP. Malheureusement, on sort d’une COP23, organisée par les Fidji à Bonn, où il n’y a pas eu d’engagements des grands Etats. On a même eu quelque chose d’hallucinant, avec une conférence organisée par les Etats-Unis sur le charbon propre ! On est dans quelque chose qui ne tourne pas rond. Donc, ce sommet de Paris, c’est un coup de Com’. Si on peut parler d’un effet positif de ce sommet, c’est notamment la mobilisation des Américains autres que le gouvernement : les gouverneurs des grands Etats, des stars du cinéma américain, des grandes villes comme new York, tous très mobilisés. Ils disent, « ok on a un président qui veut sortir des accords de Paris, mais nous on va faire en sorte d’engager les Etats-Unis à la hauteur de ce qui était prévu et nécessaire pour lutter contre le changement climatique. » C’est un signal qui est intéressant. Mais sur le fond, cela ne change rien. Quand le président Macron dit que l’on ne va pas suffisamment vite et que l’on est en train de perdre la bataille, il a raison. Mais que fait la France au-delà de la communication ? »

Il y a eu quelques annonces lors de ce sommet. La Banque mondiale a promis d’arrêter de financer l’exploration et l’exploitation de pétrole et de gaz après 2019. Mais l’essentiel de ces annonces sont venues de fonds privés. Axa a par exemple annoncé un désengagement accéléré de l’industrie du charbon.  Mais où sont les engagements des Etats, leurs initiatives ?

« C’est exactement le problème. On ne voit pas encore les engagements forts des Etats, même si on sent que, par exemple, la Chine est en train de faire tout un tas de révolutions sur son territoire pour sortir du charbon. Ce n’est d’ailleurs pas sans conséquences. Il y a toute une région du nord de la Chine qui n’a plus droit de se chauffer au charbon mais qui n’est pas encore bénéficiaire des énergies alternatives. Mais au moins il y a des décisions fortes qui sont prises. En France, on est un peu dubitatif. Le président a dit qu’on allait fermer nos centrales à charbon sur le territoire français d’ici la fin de ce quinquennat. Mais on sait que le Premier ministre ne veut pas que sa centrale à charbon du Havre ferme. Dans le même temps, l’Agence française de développement finance encore des projets de centrales à charbon, notamment en Chine et au Sénégal. Ce que nous demandons, c’est que l’Agence française de développement soit exemplaire sur ce sujet-là. Si une agence qui fait des prêts pour le développement n’est pas capable elle-même d’être force de décision pour sortir du charbon, on ne s’en sortira pas. »

Cette annonce sur l’arrêt des explorations du charbon ne concerne que ce qui se passe en France. Cela n’empêche pas les entreprises d’aller faire leurs recherches ailleurs et d’émettre du CO2 sur d’autres territoires ?

« La France a un impact à l’international qui est important. Donc il faut que l’on soit exemplaire dans notre impact international. Mais, symboliquement, il faut d’abord que l’on soit exemplaire chez nous. Car aujourd’hui on n’est, ni exemplaire à l’international, ni exemplaire chez nous. C’est très bien de faire de la communication et dire que l’on est les leader du climat. Mais un jour ou l’autre, si on n’est pas exemplaire, cela va nous revenir dans la figure. A ce moment-là, toutes les positions prises par la France seront contre-productives. On dira, vous parlez, mais à l’arrivée, vous ne faites rien. Donc c’est très important que, dès cette année, on puisse commencer à enclencher des évolutions qui puissent permettre de sortir du charbon, la priorité absolue. Et il faut enclencher les transformations nécessaires, les investissements, indispensables sur les énergies renouvelables. »

Face aux atermoiements des Etats, la société civile et les ONG sont en marche de bataille. Au mois de novembre, elles se sont retrouvées pour lancer une campagne de sensibilisation sur le Recours climat. On en parle la semaine prochaine sur Frequenceterre.

Pour aller plus loin :

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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