7:46 - jeudi février 22, 2018

Extractivisme, refaire des choix de société

Lu 1300 fois Philippe Boury 0 respond
© FossilFree

L’extractivisme. Une notion une peu abstraite et complexe qui mérite pourtant une attention particulière en ces temps où les questions environnementales, sociales, économiques et humaines sont au cœur des enjeux de société.

Pour mieux comprendre ce que recouvre ces activités et leurs conséquences, la Fondation France Libertés a réalisé un webdocumentaire interactif, synthétique et didactique sur ces exploitations intensives des ressources naturelles.

  • Avec Alice Richomme, ancienne volontaire service civique à la Fondation France Liberté et conceptrice du webdoc, réalisé en partenariat avec le programme Une seule Planète.

Pourquoi avoir choisi ce support pour faire de la pédagogie sur cette thématique ?

« L’objectif était de fournir un support accessible sur une question très compliquée. Il a été pensé en complément d’une première brochure que France Libertés a produite sur le sujet, mais qui était beaucoup plus longue. Là, c’était l’idée de faire quelque chose d’interactif et de synthétique. Le format est pensé pour deux types de publics. D’abord pour un public novice qui ne connait pas du tout le sujet et qui voudrait se familiariser avec cette thématique, avec des ressources interactives, ludiques, des vidéos, des podcasts, et pas uniquement de la lecture. Et pour un public plus averti. Cela peut être intéressant pour des associations travaillant sur ce sujet d’avoir un support par lequel elles pourraient diffuser leurs idées et se l’approprier en rajoutant des ressources dessus. Le webdoc est pensé comme un outil collaboratif. Il n’est pas exhaustif. »

© Une seule Planète

L’extractivisme n’est pas une pratique récente, mais bien un processus qui remonte à la nuit des temps. L’extraction des ressources naturelles a forgé l’histoire du monde.

« L’extraction de matière première a toujours existé. Mais l’extractivisme est une nouveauté dans le sens où cela se fait à une échelle et avec un impact environnemental et social encore jamais vu. Les moyens techniques que nous possédons pour extraire des ressources sont nouveaux à l’échelle de l’histoire de l’Humanité. On peut creuser plus profond, avec des volumes beaucoup plus importants. L’extraction de matières premières s’est faite pour répondre à des besoins. L’idée d’extractivisme est que cela ne répond pas seulement à des besoins, mais surtout à l’idée qu’il y a de la spéculation derrière, des projets financiers qui lient toute cette exploitation à un profit recherché par des investisseurs. C’est  complétement décalé de la demande mondiale. »

On a déjà abordé ici les conséquences environnementales, sociales, économiques et humaines de l’extractivisme. Mais on va se faire l’avocat du diable. Les ressources minières sont devenues indispensables pour nos sociétés, les objets du quotidien, les nouvelles technologies, les moyens de transports. Il faut donc bien continuer à explorer et exploiter les sous-sols ?

« C’est une question qui est très compliquée. Le problème majeur est le refus de penser les limites de notre environnement et du support écologique sur lequel nous vivons et sur lequel nous tirons ces ressources. Il y a des limites. Mais comme nous ne les prenons pas en compte, on ne réfléchit pas non plus à  nos modes de consommation, à nos modes de production. Il y a deux problèmes. En refusant de penser les limites comme incompatibles avec certains rouages de notre système économique mondialisé, on ne se donne pas les moyens de changer les choses. Et il y aussi une question de conscience de chacun. Les gens ne s’interrogent pas sur ce qu’ils consomment, sur l‘idée que tous les objets électroniques nécessitent beaucoup de métaux dont on ne sait pas toujours comment ils sont extraits. Quand ils sont en fin de vie, cela créé des déchets électroniques dont on ne s’occupe pas vraiment. C’est aux gens de prendre conscience de tout cela. Les changements, s’il sont apportés par quelques associations qui crient dans le désert, seront forcément marginaux. Il faut porter le sujet comme quelque chose de politique et pas seulement comme un débat technique. »

L’idée du webdoc est donc aussi de montrer que des alternatives à l’extractivisme existent. Et que l’on peut agir en tant que citoyen, en tant que consommateur ?

« L’idée n’est pas de déprimer les gens mais de leur monter que tout cela repose sur des choix qui doivent être repenser aujourd’hui, au vu des différents symptômes de cirse écologique auxquels on est confrontés. Il y a des pistes pour ne pas faire un changement radical du jour au lendemain, mais il faut changer le système, être beaucoup moins dans l’excès et repenser les besoins. Il y a des initiatives qui ont été mises en place dans l’idée de réorienter les investissements. Le problème de cette fuite en avant, c’est avant tout les financements massifs investis dans ces projets. En coupant cette manne financière, on pourrait réorienter l’argent vers des projets plus propres. Il faut sortir des énergies fossiles. Les premières initiatives citées dans le webdoc, comme FossilFree, de l’association 350.org, souhaitent désinvestir les grandes institutions, universités, banques, des projets particulièrement polluants, pour aller vers des projets d’énergies renouvelables. Cela pose la question de comment on fait à grandes échelle des projets d’énergies renouvelables, sachant que cela nécessite aussi des infrastructures gourmandes en étaux rares. Ce sont des questions extrêmement compliquées. On ne peut pas y répondre aussi facilement. Il n’y a pas de solutions miracles. »

© Une seule Planète

Ce sont des choix de société à faire ?

« Les choix que l’on fait impliquerons forcément des conséquences sur l’avenir. Il faut savoir si ces conséquences on les veut, ou pas. Si on ne les veut pas, il faut se dire que rien n’est verrouillé, même si le système, tel qu’il est actuellement, parait très difficile à remettre en question, tellement il est ancré dans le quotidien. »

Pour aller plus loin :

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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