Mettre en lumière les combats pour un monde plus juste, plus humaniste, plus solidaire. C’est l’idée du Prix Danielle Mitterrand remis chaque année depuis 2013 par la Fondation France Libertés.

Depuis cinq ans, la Fondation rend ainsi plus visible des initiatives remarquables, de citoyens, d’associations locales ou d’ONG qui refusent le fatalisme et se battent pour défendre les droits humains. Et cette année, c’est l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani, et le Peuple Krenak qui auront les honneurs de la Fondation le samedi 3 novembre à Paris…

Qu’est-ce qui a motivé la création de ce prix il y a 5 ans ?

« Le prix a été créé en 2013, une quinzaine de mois après le décès de Danielle Mitterrand. L’idée était de dire que le chemin qu’avait tracé Danielle Mitterrand se poursuivait. Mais plutôt que de parler d’elle, ce qui nous intéressait était de mettre en lumière les valeurs qu’elle défendait à travers notamment des initiatives ou des luttes de peuples, de collectifs ou de personnalités remarquables. Ce sont les questions de liberté, de justice, d’un monde démocratique et soutenable. »

Cette année la Fondation récompense le Peuple Krenak ainsi que Golshifteh Farahani. Commençons par elle. Qui est-elle ?

« Golshifteh Farahani est une actrice iranienne de 35 ans qui a démarré sa carrière dans les années 2000, qui a fait un grand nombre de films en Iran, mais surtout depuis 2008 en Europe et aux Etats-Unis et qui a tourné dans de grands films comme « Mensonges d’Etat » ou « Pirates des Caraïbes », ou encore « My Sweet Pepperland ».  Ce qui nous a intéressé chez elle c’est son combat au quotidien d’incarnation des valeurs de justice et de liberté. Très jeune elle s’est fait remarquer, puisque, adolescente elle se bandait les seins et se rasait le crane pour pouvoir sortir dans les rues de Téhéran et être libre, ne pas avoir à porter le voile et les contraintes liées aux femmes. Elle incarne cette idée de liberté et elle a continué cela tout au long de son parcours. Elle a refusé les contraintes en se présentant dévoilée à plusieurs rencontres aux Etats-Unis et en Europe, ce qui lui valu d’être exclue de l’Iran par le régime des mollahs. »

Pourquoi la distinguer ? Quel est parcours remarquable, son combat ?

« Quand on l’écoute, quand on la lit, on retrouve ce qu’il y avait en Danielle Mitterrand, c’est-à-dire ce courage et cette volonté de résister à toute forme d’injustice et de privation de liberté. Cela commence par une privation de liberté individuelle et c’est vrai qu’il faut une réaction par soi-même qui demande du courage, ce qui nous a beaucoup marqué chez elle. Mais c’est aussi certains rôles qu’elle incarne au cinéma et notamment dans « My Sweet Pepperland » qui se joue au Kurdistan d’Irak, région qu’aimait beaucoup Danielle Mitterrand. Elle joue une institutrice dans les montagnes qui se bat pour l’émancipation des enfants et du peuple kurde par l’instruction. Cela nous a beaucoup touché. »

L’autre lauréat est l’ensemble du peuple Krenak. Rappelons d’abord ce que ce peuple autochtone, subit, depuis plusieurs années, au Brésil.

« Le peuple Krenak vit sur les rives du Rio Doce. Le 5 novembre 2015, un barrage de déchets miniers s’est rompu dans l’Etat brésilien du Minas Gérals et a provoqué le déferlement de millions de mètres cubes de boues rouges toxiques sur ce fleuve. Ce qui a entrainé des morts, 19 morts, la destruction de villages et une pollution irréversible des eaux de cette vallée et de ce fleuve. Ce qui fait que le peuple Krenak, dont la vie tournait tout autour de ce fleuve, se retrouve aujourd’hui complètement en péril. C’est à la fois ses modes de vies mais aussi sa spiritualité, ses traditions et son modèle de ressources économiques qui est détruit. Cette rupture du barrage aurait pu être anticipée. La compagnie minière qui gérait la mine était au courant et n’a rien fait. Donc c’est pour cela que l’on parle de crime. Et on voudrait que ce crime soit reconnu. »

© France Libertés

En quoi leur combat s’inscrit dans la philosophie de la fondation ?

« Il y a plusieurs raisons. La première c’est que la Fondation se bat depuis toujours pour le droit à l’eau. Dans ce cadre-là, on a été amené à beaucoup lutter contre l’extractivisme. Car cela a des conséquences très néfastes sur l’environnement et sur les peuples autochtones. Ce cas est assez emblématique de ces luttes. On fait beaucoup le lien avec ce qui se passe sur Montagne d’or en Guyane. L’autre raison c’est qu’à travers ce peuple Krenak, par son mode de vie, par ce qu’il défend, c’est-à-dire une relation à l’eau et à la nature respectueuse, c’est une source d’inspiration pour les défis qui se présentent face à nous, notamment le défi du changement climatique. »

Leur prix leur sera remis par Anne Suarez et Olivier Rabourdin, qui sont les parrain et marraine de la campagne Justice For Krenak. Pourquoi eux ?

« On avait rencontré Anne Suarez et Olivier Rabourdin dans le cadre de ce combat contre Montagne d’or, en Guyane. Ils jouent dans une série qui s’appelle « Guyane ». Cette série montre les méfaits de l’extractivisme, notamment pour l’extraction de l’or. Dans le discours d’Olivier et d’Anne, ce qui nous semblait fondamental, c’est qu’ils présentent les dangers de l’extractivisme, pas de manière misérabiliste pour les peuples, mais plutôt d’une manière très respectueuse et en mettant en avant combien ces peuples autochtones, que ce soit les peuples amérindiens en Guyane ou les peuples Krenaks au Brésil, sont des gardiens de la nature et des gardiens d’un mode de vie qui soit respectueux du vivant et de la nature. Oliver Rabourdin et Anne Suarez se sont beaucoup investit dans notre campagne. On se retrouve beaucoup dans nos combats respectifs. »

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