Du sur place et aucune prise en compte de la réalité du changement climatique. C’est le sentiment général qui a prévalu mi-décembre lors de la clôture de la COP24.

La conférence des parties sur le climat qui se déroulait à Katowice en Pologne a accouché d’une souris. Limiter le réchauffement climatique en dessous 1,5°C semble aujourd’hui compromis. Face à l’inertie des dirigeants de la planète, reste l’action des citoyens.

Rappelons tout d’abord quelle était la mission de cette COP24 ?

« La COP 24 fait suite bien entendu aux COP23 et 22 avant, mais surtout à la COP21 de Paris. Il s’agissait, pendant cette COP24, de se mettre d’accord sur les règles d’application de l’accord de Paris de la COP21, à savoir quelles mesures vont être prises par chaque Etat pour arriver collectivement à rester sous la barre des 2°C à la fin du siècle. »

Donc ce qui a été signé mi-décembre, c’est juste une manière d’acter l’accord de Paris, sans aller plus loin ?

« C’est un petit peu plus que cela. Il y a des règles de mise en œuvre qui ont été votées et qui ont été adoptées, ce qui n’était pas gagné. La difficulté est que ces règles sont encore loin d’être suffisantes pour permettre d’arriver à moins à 2°C. Avec les règles les plus optimistes, le GIEC pense qu’on arrivera à 3°C d’ici la fin du siècle. »

Un accord a minima, sans ambition, une urgence ignorée, un compromis sans éclat… Les critiques sont nombreuses après un accord qualifié de gâchis énorme. En quoi ce qui a été conclu à Katowice est décevant, voire inquiétant ?

« On a la sensation qu’il n’y a pas une prise en compte vraiment des difficultés actuelles. Par exemple, il a fallu plusieurs jours pour se mettre d’accord entre eux pour savoir s’ils saluaient le rapport du GIEC où s’ils l’accueillaient, alors que ce n’est pas le pire des rapports. Et puis il y a eu beaucoup de discussions sur “qui doit payer”. Par exemple, si on prend l’exemple de la Turquie, jusqu’au bout elle a essayé de rentrer dans les nations qui devaient recevoir de l’argent pour mettre en place l’accord de Paris et pas dans ceux qui doivent payer. »

Le désintérêt de la France ?

A noter notamment, la quasi-absence de représentants du gouvernement français. C’est un signe inquiétant ?

« Ce qui est hallucinant, c’est qu’à la session de clôture il n’y a pas eu de représentant ministériel. On avait un délégué, mais il n’y avait pas le ministre de l’. Il y a eu Brune Poirson, qui est secrétaire d’Etat, mais on n’a pas eu de représentant élevé du gouvernement, ni Premier ministre de ministre de l’. Déjà, qu’il n’y ait pas le Premier ministre ou le président, c’est inquiétant. Mais le ministre de la Transition écologique, c’est un signe très très inquiétant lancé par la France. C’est difficile de vraiment comprendre, parce que ce n’était pas très compliqué d’aller en Pologne. Donc oui, c’est un signe de désintérêt. »

Le contexte dans lequel s’est tenu cette COP24, en Pologne, pays très carboné, avec le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris, celui, probable du Brésil, le poids des lobbys, est-ce que cela a pesé sur la COP24 ? Est-ce que cela compromet, clairement, la limitation du réchauffement climatique ?

« Oui clairement. Il n’y a pas une vraie volonté des Etats. On sent que tout accord est difficile à atteindre. Il a fallu deux jours de plus pour arriver à un accord qui est très minimal, où le Brésil remet en cause les principes qui étaient acquis, notamment sur les questions d’échange de carbone. La Turquie essaie de changer de groupe. Donc on voit que tout ça est compliqué et qu’il n’y a pas de réelle volonté. On a eu deux faits marquants qui sont venus de l’intérieur de la COP, mais plutôt de ce qu’on entend peu. Le premier, ce sont les pays vulnérables, notamment les pays insulaires qui ont appelé à la rébellion pour empêcher l’extinction de leur pays, voire de l’humanité. C’est un peu une première pendant les COP d’avoir un discours aussi fort. Et puis le deuxième discours très très fort est venu d’une jeune lycéenne qui a appelé les étudiants des collèges et lycées à se mettre en grève pour dire que les adultes ne font rien contre le changement climatique. Mais du côté des Etats, on a l’impression que rien n’avance. Beaucoup d’organisations de la société civile appellent bien sûr les Etats à agir, mais aussi appellent à sortir les lobbys de ces négociations, puisque les grosses entreprises et les multinationales sont toujours présentes, et par leurs lobbys, elles empêchent d’atteindre un accord. »

Alors il y a les atermoiements des gouvernements. Face à ça, il y a eu cet appel très fort de la jeune suédoise à la tribune de la COP24, il y a les mobilisations citoyennes, les marches pour le climat…. Est-ce qu’on peut y voir un contrepoids, une forme d’espérance ? est-ce que c’est un bon signe ?

« Oui, il est évident qu’il faut reprendre espoir. C’est probablement ce qu’amènent ces marches. Elles amènent la dimension de masse, c’est à dire de ne pas se sentir seul face aux événements qui sont très difficiles. Et elles invitent aussi à forcer les Etats à prendre des décisions beaucoup plus ambitieuses. C’est vrai que beaucoup d’acteurs aujourd’hui se disent que ces marches sont une première étape. Je pense bien sûr aux marches en France, mais qui sont faites dans différents pays. Elles permettent de mobiliser la société civile. Mais aujourd’hui beaucoup d’acteurs appellent à quelque chose de plus fort. On voit au Royaume-Uni le mouvement qui s’appelle Extinction Rebellion, qui appelle à des actions de , c’est à dire à bloquer vraiment des lieux pour obliger les Etats à prendre des décisions beaucoup plus importantes. »

Un plaidoyer pour rendre l’eau à la terre

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Parmi ces mobilisations citoyennes et d’associations, on le rappelle, il y a votre plaidoyer “Eau et Climat”.. Il s’inscrit dans cette dynamique… dans cette espérance citoyenne ? C’est un des outils de mobilisation ?

« Oui bien sûr. Ce qui est très intéressant dans notre plaidoyer c’est de montrer qu’il y a des solutions qui sont envisageables. Ce sont des solutions qui ne demandent pas une technique extraordinaire, mais plutôt de revenir à des choses assez simples pour permettre de rendre l’eau à la terre. Aujourd’hui nos territoires, un petit peu partout dans le monde, sont bétonnisés. Et en débétonnisant et en rendant perméables nos territoires, on peut permettre à travers l’eau qui s’infiltre et en retrouvant le cycle local normal de l’eau, de combattre le changement climatique. On a des exemples absolument extraordinaires notamment au Rajasthan, où l’action très simple de villageois sur plus de vingt ans et sur un territoire assez conséquent, a permis de combattre la sécheresse en faisant revenir le cycle de l’eau, et de combattre le changement climatique. Donc il y a des solutions qui existent. Aujourd’hui, ce qui est important, c’est que quand les citoyens du monde entier s’impliquent. Mais cela ne peut pas venir que des citoyens. Il faut forcer les Etats à agir. Ils ne le feront pas d’eux-mêmes si les citoyens ne les bougent pas. Il faudrait une action conjointe. Et puis on a aussi des jeunes entreprises qui bougent. Il y a des choses qui existent et des choses qui se font. C’est ce qu’on montre dans notre plaidoyer. »

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