Faire respecter les des peuples et protéger leurs  ! C’est le plaidoyer lancé à la tribune de l’ONU fin avril par Subama Mapou, une Kanak de Nouvelle-Calédonie, très active sur cette question de la protection des savoirs traditionnels et de la lutte contre la . Porte-parole et secrétaire générale d’Ikapala, Institut Kanak des Plantes, de l’Artisanat et des Langues Autochtones, présent sur les huit aires coutumières, cette chercheuse s’attache à défendre les intérêts des populations et de la biodiversité locale.

  • Avec Subama Mapou

Vous avez donc fait des savoirs traditionnels votre combat principal. Vous voulez valoriser ces connaissances en associant totalement les populations. Qu’en est-il des terres, des ressources naturelles, de la culture ? Est-ce qu’elles sont protégées, valorisées ?

« En fait c’est un ensemble, expression culturelle, pratiques culturelles. Par exemple, on a un geste coutumier que l’on fait quotidiennement quand on arrive chez quelqu’un. Cela a une symbolique. On a tous nos totems. Nous, on vit avec nos animaux, nos plantes, notre mer, notre eau. Quand on fait un geste coutumier, c’est pour dire, on arrive avec tout cela avec nous, et on vient vous expliquer d’où on vient. C’est un geste d’humilité aussi. On va se dire, il y a une histoire dans ce lieu : notre lien à la terre. Quand vous arrivez en Nouvelle-Calédonie maintenant, vous pouvez vous acheter un tissu à Nouméa, et vous allez dire que vous allez faire la coutume avec ce tissu, qui comporte des dessins de fleurs. Nous, on le faisait avec des nattes tressées en Pandanus, ou des Tapas, qui sont faits à base de racines de plantes. Donc en fait, c’est une appropriation culturelle qui permet aux entreprises commerciales de Nouméa de se faire de l’argent. Pour nous, il y a sur tous les niveaux des appropriations culturelles. Comment stopper cela ? L’idée est qu’on puisse essayer de protéger, à partir d’éléments juridiques, pour qu’il y ait une retombée économique pour les peuples kanaks. Car c’est vraiment une pratique qui se fait traditionnellement par le peuple kanak, et pas par un autre peuple. »

Dans le plaidoyer que vous avez soutenu devant l’, quelle a été votre demande, votre revendication ?

« Sur les savoirs traditionnels, la grande question est la prise en compte du autochtones dans le cadre de consentements libres et éclairés. Cela veut dire que toutes les données qu’on nous communique soient bien expliquées pour que les personnes puissent décider. L’idée est qu’on ne continue plus dans cette logique-là. C’est-à-dire qu’il y ait un gouvernement, un Congrès qui vote les lois. Mais pour nous, il est important de prendre en compte notre Sénat coutumier qui découle des accords de Nouméa. Aujourd’hui on n’a aucun retour sur ce qu’ils ont essayé de mettre en place, notamment la chartre du peuple kanak. La charte du peuple kanak a été un long travail que le Sénat coutumier a mené pendant plusieurs années pour que toutes les chefferries puissent la valider ensemble. Aujourd’hui, cette charte du peuple kanak n’est pas prise en considération par les politiques. La démarche du plaidoyer que l’on a défendu à l’ONU, c’est de dire, on a un Sénat coutumier qui a été mis en place depuis les accords de Nouméa : qu’en est-il de tout ce qu’ils ont proposé comme projet de loi ? A Ikapala, nous travaillons en collaboration avec le Sénat coutumier. L’idée est qu’on puisse évoluer dans ce processus de prise en compte du peuple kanak. C’est l’avenir de notre pays. »

Quel espoir vous formulez après cette tribune à l’ONU ? Comment vous envisagez l’avenir de la Nouvelle-Calédonie ?

« L’avenir est simple. C’est que toutes les communautés arrivent à très bien . Ce qui pose problème aujourd’hui c’est qu’on ait des politiques qui sont menées sans concertation avec les populations. L’avenir et l’espoir de toutes les personnes qui vivent en Nouvelle-Calédonie, c’est qu’on arrive à communiquer et à avancer dans le bon sens, à prendre en compte les impacts environnementaux mondiaux. On a une extinction des espèces qui avance à grands pas. Il y a une urgence pour les générations futures. Pour nous, c’est le cœur de notre volonté de travailler sur le terrain pour l’avenir. On n’a pas trop le choix que de prendre en compte les savoirs traditionnels pour faire évoluer les programmes de recherche, pour faire avancer le travail de conservation de nos espaces naturels, de la gestion de nos ressources naturelles au niveau marin et terrestre. C’est très important pour l’avenir en Nouvelle-Calédonie. »

Protéger les savoirs traditionnels des Kanaks